mise au jour d'un village iroquoien du 15e siècle

mise au jour d'un village iroquoien du 15e siècle

Messagepar Saguingoira » 2010-09-09, 22:26

Mardi, 07 Septembre 2010 00:00 Journal FORUM

Les archéologues ont mis au jour un village iroquoien du 15e siècle


Quelques-uns des 30 000 artéfacts découverts cet été par les 15 étudiants en archéologie. On peut y voir notamment des fragments de poterie, des fourneaux de pipes et un galet servant de meule à broyer le maïs.

Après neuf ans passés sur les rives du lac aux Araignées, près du lac Mégantic, l'école de fouilles du Département d'anthropologie de l'Université de Montréal a déménagé ses pénates dans la région d'Huntingdon cet été. Plus précisément, les 15 archéologues en herbe ont planté leurs truelles à deux pas du centre d'interprétation Droulers-Tsiionhiakwatha, situé entre Huntingdon et Saint-Anicet.

«Nous avons déjà exhumé plus de 12 000 artéfacts et autant d'écofacts constitués de restes de nourriture comme des os de poisson ou des dents de castors», souligne le directeur des fouilles, Claude Chapdelaine, manifestement heureux des résultats de cette première saison. Le décompte final pourrait atteindre 30 000 pièces.

Le professeur nous a montré une partie de ses trésors: fragments de poterie, fourneaux de pipes, grattoirs, meule à main pour broyer le maïs, casse-noix, pointes de flèches. «Cette pointe-ci est taillée dans un quartz provenant du lac Champlain, explique-t-il. Ce perçoir est fait de chert et vient du nord de l'État de New York. Cette perle est en stéatite, une pierre à savon de la région de Boston. Ces pièces nous révèlent que ceux qui ont occupé ce site s'adonnaient au commerce depuis longtemps.»

Un village semi-permanent


Les occupants du site étaient des Iroquoiens, les ancêtres disparus des Iroquois et autres tribus de même famille linguistique. Les artéfacts et les marques laissés dans le sol ont permis d'établir que le site est celui d'un village semi-permanent datant du 15e siècle et qui a regroupé entre 500 et 600 personnes.

Un village iroquoien de quatre maisons longues a été reconstitué de façon très fidèle sur le site Droulers-Tsiionhiakwatha.
«Le village avait une superficie de 1,3 hectare et pouvait contenir une dizaine de maisons longues», précise Claude Chapdelaine. La maison longue typique mesurait 30 mètres de long sur 6 de large. Au centre de l'habitation, directement sur le sol, étaient alignés cinq foyers regroupant chacun deux familles de cinq à six personnes, ce qui fait de 50 à 60 personnes par maison!

Comme il s'agissait d'un système matrilinéaire, les femmes d'une même maison étaient apparentées alors que les hommes étaient originaires d'autres villages. «Ils vivaient donc chez leur belle-mère», lance ironiquement le professeur. C'est peut-être pourquoi ils n'y habitaient que six mois par année, passant le reste du temps en excursions de chasse ou à faire des guerres d'escarmouche.

La tribu occupait le même lieu pendant une dizaine d'années, pratiquant l'agriculture sur brulis, puis allait s'installer dans un autre endroit vierge.

Bien que le site de Tsiionhiakwatha soit bordé par la rivière La Guerre, il peut sembler étonnant que les Iroquoiens se soient fixés si loin du fleuve et de la rivière Châteauguay, respectivement à 7 et 10 kilomètres de l'endroit. «Sept kilomètres pour aller à la pêche, c'est très près, répond le professeur. Et, en étant éloignés du fleuve, ils étaient moins vulnérables aux attaques. Mais la raison principale est probablement que le terrain était facilement cultivable et, comme il s'agit d'un monticule morainique, il est bien drainé.»

Selon l'archéologue, un tel village était sans doute entouré d'une palissade. C'est du moins ce que rapportent les récits des Jésuites lorsqu'ils décrivent des villages de cette envergure. Il compte apporter la réponse à cette question au cours des trois prochaines années en recherchant les traces de pieux dans le sol.

Le professeur Claude Chapdelaine dirige l’école de fouilles de l’UdeM. Ici, une étudiante vient de mettre au jour l’emplacement d’un foyer qui se trouvait dans une maison longue.
Apprendre à fouiller

Si l'école de fouilles a de nouveau changé de site, ce n'est pas parce que celui du lac aux Araignées avait livré tous ses secrets. Rappelons qu'on y a découvert les plus vieux indices d'occupation humaine au Québec, notamment une demi-douzaine de pointes de flèches à cannelures, de tradition Clovis, remontant à 12 500 ans.

«Nos fouilles ont montré que les chasseurs de caribous sont passés par là à plusieurs reprises et qu'ils ont laissé des traces à différents endroits, indique Claude Chapdelaine. Il faut repérer ces endroits, mais le but d'une école de fouilles n'est pas de trouver des sites: c'est d'apprendre à fouiller.»

Et, pour apprendre à fouiller, il faut qu'il y ait quelque chose à trouver. Sinon, ce serait l'ennui mortel et rien ne permettrait de savoir si le travail a été utile et bien fait.

Le site Droulers-Tsiionhiakwatha s'annonce prometteur de ce côté: en plus des quelque 30 000 artéfacts découverts cet été, près de 150 000 autres y ont été exhumés au cours des années 90 (voir l'article suivant).

Daniel Baril

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Une découverte fortuite

C'est durant les années 70 que les premiers artéfacts du site Droulers-Tsiionhiakwatha ont été accidentellement mis au jour. Le propriétaire de l'endroit, François Droulers, avait alors déterré une hachette en faisant des travaux dans son champ et il en avait informé les autorités.

Entre 1993 et 1998, Michel Gagné, diplômé du Département d'anthropologie de l'UdeM et aujourd'hui archéologue à la MRC du Haut-Saint-Laurent, a effectué les premières fouilles afin d'évaluer le potentiel de l'endroit. C'est lui qui a repéré l'emplacement des premières maisons longues.

C'est aussi à lui qu'on doit la reconstitution du village iroquoien sur le site même et qui est ouvert au public depuis une dizaine d'années. Quatre maisons longues, encerclées d'une haute palissade, ont été construites selon les méthodes et les aménagements de l'époque et l'on peut même y prendre des repas amérindiens. Il s'agit de la seule reconstitution grandeur nature d'un village iroquoien au Québec.

«Ce centre d'interprétation est une belle réussite, déclare le professeur Chapdelaine. Une réussite notamment due au fait que les concepteurs ont associé des Mohawks d'Akwesasne au projet et le conseil de bande contribue à présent à son financement. La proximité des fouilles ajoute une plus-value au site.»

Ce sont d'ailleurs ces mêmes autochtones qui ont donné le nom de Tsiionhiakwatha à l'endroit, ce qui signifie «là où l'on cueille de petits fruits».

Claude Chapdelaine se félicite d'entretenir d'excellentes relations avec les Mohawks du voisinage. Il a pris soin d'aller leur expliquer le but de ses fouilles avant qu'ils apprennent sa présence par les journaux, et des représentants du conseil de bande sont venus voir les archéologues à l'œuvre. Les autochtones seraient même intéressés à ce que l'un des leurs y acquière une formation en archéologie.

D.B.

source :
http://www.nouvelles.umontreal.ca/reche ... mnouvelles

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Saguingoira
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