L'Atlas du Canada

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Messagepar Saguingoira » 2010-08-19, 20:49

Les peuples autochtones vers 1740

Répartition et localisation des peuples autochtones vers 1740
La répartition et la localisation des sociétés ethnohistoriques vers 1740 qui sont indiquées sur cette carte illustrent les changements survenus dans la répartition des peuples autochtones en Nouvelle-France, depuis l’arrivée des premiers Européens jusqu’au plus fort du Régime français. À cette époque, les Français exerçaient une influence dominante dans l’Est et la région centrale du Canada actuel.

La meilleure manière de décrire les changements survenus dans la répartition des peuples autochtones pendant la période de 1630 à 1740 est de les répartir en plusieurs périodes plus courtes.

Répartition des peuples autochtones 1630 à 1653
Répartition des peuples autochtones 1660 à 1670
Répartition des peuples autochtones 1680 à 1701
Répartition des peuples autochtones 1702 à 1740
Répartition des peuples autochtones 1740

Ces changements sont attribuables à plusieurs facteurs, les principaux étant les épidémies de maladies contagieuses, la guerre et les effets de la présence de colonies européennes et ceux de la rivalité entre les puissances commerciales impériales.

Répartition des peuples autochtones 1630 à 1653
Les nombreuses épidémies de grippe, de rougeole et de variole ont eu des effets dévastateurs sur la population indigène au Canada. D’après des observations consignées au dix-septième siècle, en effet, on estime que la population autochtone de la partie est de l’Amérique du Nord a été réduite au moins de moitié et peut--être des deux tiers par suite de ces maladies au cours des cent premières années suivant l’arrivée des Européens.

La guerre est un autre des principaux facteurs qui ont eu des répercussions sur la population autochtone. La guerre faisait partie des mœurs des Autochtones avant l’arrivée des Européens. Dans l’est du Canada, une partie des Montagnais, des Algonquins et tous les Huron étaient déjà alliés contre les Iroquois.

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Une attaque infructueuse des Français et de leurs alliés hurons contre un village iroquois (onondaga ou oneida) au sud-est du lac Ontario

Pour vivre en paix parmi ces peuples et établir des relations commerciales avec eux, les Français ont dû joindre l’alliance du nord, tandis que les Hollandais (et les Anglais après 1664) ont pris parti pour les Iroquois. Vers les années 1640, la guerre entre les Autochtones est devenue plus destructrice. Déterminés à compenser leurs pertes démographiques en absorbant les groupes iroquoiens de l’Ontario et en étendant leurs territoires de chasse, les Iroquois, armés de mousquets hollandais, ont détruit l’alliance du nord (1640 à 1653). Ces guerres ont entraîné une réduction importante de la population, la disparition et l’amalgamation de certains groupes et un changement radical dans la répartition de la plupart de ceux qui sont restés.

Répartition des peuples autochtones 1660 à 1670
Avant la fin des années 1660, les Français avaient rétabli la communication aux fins de l’évangélisation et du commerce avec les groupes de réfugiés qui se trouvaient désormais dans la région du lac Michigan et du lac Supérieur. Avec le temps, ces groupes ont formé des alliances avec la Nouvelle-France. Ils ont tenté à la même époque de neutraliser les Iroquois par la diplomatie (1654 à 1658) et par la guerre (1666).

La paix avec les Iroquois, en 1667, a permis le retour de nombreux groupes algonquiens qui avaient fui à l’ouest de 1650 à 1653. Leur retour a été précipité en 1670 lorsque les Dakota ont répliqué aux tentatives des Hurons, des Pétuns et des Outaouais qui voulaient s’emparer d’une partie de leurs territoires de chasse. Malgré le fait que le commerce par les Français dans l’intérieur du pays était officiellement illégal pendant cette période, des coureurs-de-bois français sont allés plus loin à l’ouest dans la région des Grands Lacs et ont commencé à pratiquer la traite directement avec les groupes autochtones qui s’y trouvaient.

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Des traiteurs rivaux font la course pour atteindre un camp indien

La traite des fourrures, telle que la pratiquaient les Français, dépendait largement du maintien de relations paisibles avec les Autochtones et du mode de vie traditionnel de ces derniers. La traite des fourrures et les modes de vie traditionnels des Autochtones dépendaient de l’exploitation de la nature. Or, la colonisation du pays par les Européens sous-entendait la transformation de la nature; elle était donc incompatible avec la traite des fourrures.

Les conflits qui ont résulté de la confrontation de ces intérêts contradictoires étaient envenimés du fait que les Européens (les Hollandais et les Anglais surtout) pensaient qu’il n’y avait pas de place pour les groupes autochtones établis parmi eux. Sur la côte est, la croissance des colonies hollandaises et anglaises a précipité la destruction, dans certains cas, et le déplacement, dans d’autres, des groupes autochtones qui s’y trouvaient. Certains d’entre eux ont été absorbés par leurs voisins plus résistants, tandis que d’autres sont partis à l’ouest, dans la région de l’Ohio ou au nord du fleuve Saint-Laurent. Dans l’île de Terre-Neuve, les Béothuk ont été repoussés graduellement vers l’intérieur, loin des ressources côtières.

D’autre part, les colonies françaises en Acadie et le long du Saint-Laurent étaient situées dans des régions qui n’avaient pas été habitées par des groupes autochtones ou que ceux-ci n’occupaient tout au plus que de manière saisonnière. Les Français ont été en mesure d’établir de meilleures relations avec leurs voisins autochtones parce que la colonisation de la Nouvelle-France a eu des répercussions moins négatives sur les territoires des Autochtones et en raison de l’intérêt économique que les uns et les autres avaient dans la traite des fourrures.

Répartition des peuples autochtones 1680 à 1701
Les années 1680 ont été témoin d’une autre transformation de la géographie autochtone. Encouragés par les Anglais, les Iroquois qui se remettaient de leurs défaites ont repris la guerre contre les Français et leurs alliés autochtones, modifiant la limite sud de la Nouvelle-France, tandis que la concurrence qui devenait plus serrée avec la Compagnie de la Baie d’Hudson commençait à se faire sentir à la limite nord. Dans l’intérieur, les traiteurs français rivaux des britanniques tentaient de trouver une solution qui mènerait à une répartition équitable de la traite des fourrures. Confrontée à ces problèmes, la France a finalement décidé d’agir.

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Les Indiens ojibway fonçant dans les rapides, de Frederick Arthur Verner (1836 à 1928)

La traite des fourrures dans l’intérieur du pays a été légalisée en 1681 et un système de permis a été institué. En 1686. Les Français se sont empares militairement des postes anglais de la baie James. Les Français se sont réellement rendus maîtres de la traite des fourrures en multipliant les postes sous leur contrôle. Les fourrures ont commencé à arriver en grandes quantités à Montréal, ce qui a créé un engorgement sur le marché du castor dans les années 1690.

Des opérations militaires ont été entreprises contre les Iroquois avec une attaque contre les Sénéca en 1687. Des guerriers de la plupart des groupes autochtones alliés des Français ont participé à cette campagne. À la suite d’expéditions punitives par les Iroquois sur leurs colonies, les Français ont lancé d’autres attaques contre eux en 1693 (contre les Mohawks) et en 1697 (contre les Onondaga et les Onéida).

Abandonnés par les Anglais, qui avaient par ailleurs fait la paix avec la France (1697), les Iroquois ont finalement signé un traité de neutralité en 1701. C’était la fin des hostilités entre Français et Iroquois jusqu’à la guerre de Sept Ans.

Avec la fin des guerres iroquoises si dispendieuses, le pays connaissant enfin la paix, et en raison de la surabondance du castor qui s’accumulait avec les années, la France a décidé en 1696 de fermer la plupart des ses postes de traite dans l’intérieur du continent. Par suite de la fondation de Détroit, en 1701, principal poste de traite français dans l’intérieur du continent, de la paix avec les Iroquois la même année et du déclenchement des hostilités avec les Dakota, ont eu lieu des déplacements importants des groupes autochtones, qui se sont installés sur les terres inoccupées du sud de l’Ontario et dans la région des rivières Wabash et Maumee, à proximité de Détroit.

Au nord, certains groupes ont gravité vers la rive nord du lac Supérieur pour pratiquer la traite à Fort Albany, sur la baie James, que les Anglais avaient repris en 1693. Les Ojibway, ayant réussi à maintenir de bonnes relations avec les Dakota, ont entrepris une migration vers l’ouest, le long de la rive sud du lac Supérieur.

Répartition des peuples autochtones 1702 à 1740
En 1702, la guerre éclatait de nouveau entre l’Angleterre et la France, pour se terminer par le traité d’Utrecht, en 1713. Le traité stipulait que la région du bassin inférieur des Grands Lacs et de l’Ohio était ouverte au commerce par les deux nations et qu’une commission allait fixer les limites entre la Nouvelle-France, les colonies anglaises de l’Est et le territoire des Anglais sur la baie d’Hudson. La Nouvelle-France était menacée de perdre l’intérieur du continent nord-américain si la traite des fourrures devait se poursuivre librement à la baie d’Hudson et dans le bassin inférieur des Grands Lacs et de l’Ohio, avec les traiteurs itinérants iroquois et anglais.

Les Français ont rouvert leurs postes de traite et en ont étendu la chaîne sans perdre de temps. Par conséquent, tous les postes du sud ont été pourvus de garnisons et leurs commandants ont donné instruction de maintenir les alliances au moyen de cadeaux somptueux, et même par la force si nécessaire.

Plus loin au nord-ouest, les Assiniboines et les Cris, armés de mousquets fournis par la Compagnie de la Baie d’Hudson, ont commencé à envahir les territoires occupés par les Pieds-Noirs, (Blackfoot) les Gros-Ventres et les Chippewyan pour trouver de nouvelles zones de piégeage et consolider leur position d’intermédiaire dans le commerce avec les Européens.

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Camp cri

Tous les groupes autochtones ne se sont pas laissé persuader de renouer l’alliance avec les Français. À partir de 1712, des troupes françaises ont combattu une série de guerres contre les Renards (Fox), qui se sont poursuivies jusqu’en 1734. Ces guerres ont mené à d’autres affrontements avec des groupes autochtones entre le bassin inférieur des Grands Lacs et le Mississippi. Les Miami et les Hurons de Détroit sont également entrés en conflit avec les Français, ce qui les a amenés à se déplacer vers le sud, dans la région de l’Ohio. Des Ojibway ont été attaqués par les Dakota et ont trouvé refuge dans la région entre le lac Supérieur et le lac à la Pluie (aujourd’hui lac Rainy), puis aux environs du lac Winnipeg, dans la plaine riche en bisons. C’est ce qui a précipité le déplacement des Ojibway vers le nord-ouest. Cependant, les vieilles animosités entre les Dakota et les Assiniboines, les Cris et les Ojibway n’ont pris fin qu’au dix-neuvième siècle.

Répartition des peuples autochtones 1740
Avant 1740, un certain nombre de tendances qui avaient des répercussions sur la vie des peuples autochtones s’étaient clairement dessinées. Les deux puissances européennes tentaient d’étendre leur contrôle sur l’intérieur de l’Amérique du Nord au moyen d’alliances avec les Autochtones. Plutôt que de compter sur des troupes anglaises, les colonies de l’Atlantique avaient recours à un système d’alliances, dominé par les Iroquois, afin de harceler ou d'enjôler les groupes autochtones pour les amener à quitter la région dominée par les Français le long de la limite sud des Grands Lacs.

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Reproduction d’une œuvre de C.W. Jefferys illustrant la couverture d’un calendrier de la Compagnie de la Baie d’Hudson de 1915, qui représente la remise de la charte de la CBH en 1670, à Londres (Angleterre), au nom de la Compagnie des aventuriers de la baie d’Hudson.

La Compagnie de la Baie d’Hudson n’encourageait pas la guerre, mais ses partenaires commerciaux autochtones utilisaient des mousquets à l’avantage de la Compagnie en portant son influence loin dans l’intérieur de l’Ouest canadien. Menacés par des intérêts qu’appuyaient les Anglais au nord et au sud, les Français ont réagi en établissant des postes pourvus de garnisons et en faisant des interventions militaires directes afin de préserver leur système d’alliances et de maintenir le commerce.

Les deux puissances européennes se rendaient bien compte que leurs ambitions impérialistes ne pouvaient être soutenues qu’avec l’aide des Autochtones. Les guerres qui ont suivi, dont certaines découlaient d’animosités antérieures à la présence des Européens et d’autres étaient déclarées à l’instigation des puissances européennes ou avec leur encouragement, ont été la principale cause des déplacements de populations autochtones.

Dans l’Arctique, les relations avec les Inuits de l’Est et de la région centrale étaient sporadiques et les Anglais jugeaient qu’elles étaient peu rentables. Pour leur part, les Inuits évitaient les Européens en général, et ils parvenaient à maintenir un mode de vie traditionnel. La localisation de groupes parlant l’inuktitut (langue des Inuits) est établie à partir des connaissances qu’en avaient les Européens à l’époque. La localisation des groupes linguistiques sur cette carte est fondée sur des sources contemporaines ultérieures.

Autres cartes dans cette série :
Les peuples autochtones vers 1630 (carte) | Lisez à propos de cette carte
Les peuples autochtones vers 1823 (carte) | Lisez à propos de cette carte

source : http://atlas.nrcan.gc.ca/auth/francais/ ... ution_1653

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Saguingoira
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