combat singulier

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combat singulier

Messagepar Mathus » 2004-12-01, 09:19

Bonjour, Je viens de lire l'histoire au sujet du pin solitaire, telle que racontée par Raymond Cyr, de Sherbrooke, sur ce site. J'en avais conté une partie à mes enfants, comme me l'avait conté mon père, Marcel Codère, dont la mère (ma grand-mère paternelle) était abénaquise originaire de Lambton, près du lac St-François. La bataille et tout entre les Abénaquis et les Iroquois, etc. Voici le récit raconté par mon père sur les suites du combat singulier autour du Rocher du Pin solitaire, à Sherbrooke: Ce qu'il m'avait conté c'est que les Abénaquis avaient gagné mais que les Iroquois avaient menacé de venir éliminer toute la tribu des Abénaquis si les Abénaquis contaient cette "bataille" comme elle s'était réellement produite. Les Abénaquis en avaient été avertis et devaient dorénavant, sur l'ordre des Iroquois qui avaient menacé de les tuer tous, se fondre dans la population blanche pour ne pas se faire éliminer, ce qu'ils auraient fait depuis ce temps... apparemment, les Iroquois ne pouvaient pas supporter d'avoir été vaincus par les Abénaquis. René Codère, Métis, Algonquin, Abénaquis, père de Lucie Codère
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Re: combat singulier

Messagepar Jean Jolicoeur » 2004-12-03, 00:42

Bonjour monsieur Codère, Si vous voulez nous en faire le récit détaillé de cette légende telle que vous l'a racontée vos parents, cela me fera plaisir de la publier sur le site pour le bénéfice de tous les internautes. Nos légendes sont notre bien et notre héritage les plus précieux. Jean Jolicoeur
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Re: combat singulier

Messagepar Mathus » 2004-12-03, 08:07

Bonjour M. Jolicoeur. Je pense que nous nous connaissons. J'étais journaliste au Soleil et à La Presse de Montréal dans ma période active et je pense que vous l'avez été également. Le texte de M. Cyr reflète bien la description faite par mon père. Restaient les suites du combat singulier entre les Iroquois et les Abénaquis, ce que j'ai raconté dans mon texte. Voici le texte rédigé par M. Cyr, de Sherbrooke, touchant ce fameux combat singulier: Mena'sen, l'histoire d'un combat singulier Ceux qui visitent Sherbrooke peuvent se demander ce que signifie cette grande croix de fer ancrée sur un piton rocheux au beau milieu de la rivière Saint-François. Peu de citadins sauraient fournir une réponse valable. Je suis d’une lignée de Métis de longue date. Officiellement, l’un de mes ancêtres marié à une Algonquine vint en exploration dans la région (18 juillet 1742) sur ordre du Conseil Supérieur de la Nouvelle-France à la recherche de pin pour les mâts de bateaux à voiles. Alors que j'étais administrateur à la Société Saint-Jean-Baptiste du diocèse de Sherbrooke, j'ai demandé à ce que ce monument, non pas la croix mais le minuscule îlot rocheux, dise par une plaque commémorative le geste guerrier, valeureux et noble posé par des Abénakis et des Iroquois qui s'affrontèrent là trois cents ans auparavant à l'emplacement du pin solitaire. La partie historique française fait référence à la croix, une croix sans lien direct avec la Ville que les boulons d'ancrage dans le roc de la rivière; une référence à d'autres temps et d'autres lieux. La recommandation (non consignée) d’honorer les mémoires autochtones et françaises d’époque faite aux disciples de Duvernay (SSJB) amenèrent le directeur général de la dite société et le député de comté à faire graver leurs noms sur la pierre "commémorative" en hommage ad mortem devant la croix. La pierre commémore un combat territorial entre Autochtone et la croix commémore la venue Jacques Cartier en 1534. En charnière des années 1800, les colons qui remontaient en canot les eaux gonflées au printemps voyaient le faîte de l'arbre se dresser au dessus du dernier détour de la rivière annonçant Ktiné (Sherbrooke) tel un drapeau. Au siècle suivant, le temps venu des routes terrestres, l'arbre était vénéré. Rien de cela n'est dit. Et notre mémoire ancestrale en soupire toujours de malaise. Notre présence autochtone est là maintes fois millénaire. L’utilisation de la rivière Alsigantéka (Saint-François) date du temps où les affluents de cette rivière aux alsials (Saint-François) n'avaient pas encore terminé de faire leurs lits. Une mémoire très ancienne susurre l'existence d'une caverne creusée à même une faille haute dans laquelle se resserrait les eaux de la Potégourda (Magog) avant d’atteindre l'Alsigantéka . Nous nommions ce point de rencontre Ktinékétolék8ac (…aujourd’hui Sherbrooke). N'eut été de la faille, la Potégourda aurait poursuivi tout droit sa course sur le trajet de l’actuelle rue Minto. Il en aurait résulté un lac naturel. Barrageant l’eau, l'industrie a créé le Lac des Nations, nom donné en référence aux Nations venues y faire du ski nautique. Et au bas des chutes de la Potégourda, avant que l'industrie ne s'y installe, les femmes abénaquises broyaient le maïs séché dans les marmites ouvragées dans le roc par les eaux. Ce territoire était abénaquis. Venons-en au rocher du pin solitaire. L’hiver de 1692 est particulièrement sévère. Il est avare de neige. Le vent souffle et siffle sur un sol gelé dur. Les chasses d’hiver sont quasi impraticables. Si l’on n'a pas besoin de raquettes pour se déplacer, les orignaux ne peuvent être cernés dans la neige par les chiens de chasse. Forcé par ces conditions, les Abénakis et les Iroquois couvrent plus grand de territoire dans leurs chasses. Ainsi, les Iroquois se retrouvent face à face là avec les Abénakis où ils n'ont pas l'habitude d'être (à Ktinékétolék8ac). Les forces en présence sont égales. Un affrontement signifie une victoire d’où peu d'entre eux sortiraient vivants, qu’importe le parti victorieux. Néanmoins, les Abénakis ne peuvent accepter la présence iroquoise. Aussi bien dire que ce territoire de chasse ne leur appartiendrait plus. Du côté iroquois, plier bagage serait interprété comme un aveu de faiblesse. De part et d’autre, les chefs doivent faire preuve d’inflexibilité devant ce danger immanent. Deux hommes de chaque côté, l’un pour parler et l’autre pour observer, vont donc se rencontrer sur les glaces, à vue des deux clans. Il y est décidé de trancher le différend par un combat singulier opposant le meilleur guerrier de chaque parti. À l'issue de cette rixe, si les Abénakis perdaient, ils perdraient leurs droits sur Ktinékétolék8ac pour un hiver. Il se retireraient sans être inquiétés. Si les Iroquois perdaient, ils quitteraient l’endroit avec honneur, sans avoir à presser le pas. Ainsi il fut décidé de sauver des vies en un temps d'honneur et de misère profonde. S’engagea donc un singulier affrontement autour du rocher qui allait plus tard porter le nom du "rocher au pin solitaire". Les deux meilleurs guerriers devaient courir côte à côte sur la glace autour de cette pièce de roc aussi longtemps que l’un d’entre les deux ne tomberait pas. La course ne pouvait être rapide. Chaussés de mocassins sous lesquels passaient des courroies de babiches pour donner prise, le pas de course fut celui d’un trot prudent, aguerri. Et l’on tourna et tourna jusqu’à l’affaiblissent ultime. La valeur des deux jeunes hommes était évidente et fut longuement égale. Finalement, ce fut l’Iroquois qui tomba, arme à la main, étendu à plat ventre sur la glace devant l'Abénakis. L’autre homme le saisit ainsi, de dos, et le scalpa. Scalper est de dire qu’il lui enleva un médaillon de cuir chevelu grand comme un cinq sous. Tel est la pratique du scalp en ce temps; un geste d’humiliation porté contre l’adversaire. Il aura à porter la cicatrice et son assaillant porterait son scalp. Et même si le sang teinta la glace, les deux hommes s’éloignèrent vivants l’un de l’autre. Ainsi fut-il. Un geste d’honneur et de respect. Voici notre partie de l’histoire. Le Mena’ Sen (le pin solitaire) qui poussera du côté protégé des descentes de glaces fut abattu le 13 novembre 1913 par deux ivrognes qui l’ont ensuite découpé en rondelles revendues 25 sous chacune. Le piton rocheux dégarni fut donné à la Société Saint-Jean-Baptiste du diocèse de Sherbrooke en 1934 à l’occasion du quatrième centenaire de la date d’arrivée de Jacques Cartier au Canada. L’on fît ériger une croix commémorant le geste de Cartier à Gaspé. La Ville s’engagea à illuminer cette croix à vie. Quant au pin, il ne fut jamais vraiment d'allure majestueuse. L'arbre privé de l’humus du bon sol riverain fut soumis au supplice du vent qui avait porté son germe dans le creuset du roc. Il illustre bien la misère entourant l’événement marathonien, pièce historique datant de 1692 . Le pin ne put toutefois pas être témoin de ce fait. Il n’était pas encore poussé. Étrangement, la Ville de Sherbrooke a planté un cèdre au son du tambour et de chants guerriers à l’endroit du Mena’s Sen, il y a quelques années. Raymond Cyr Ki-twoghk (Métis Miq-Maq Malécite... Algonquin) AAQ, Mamlawbagak (Communauté 081 de Sherbrooke)
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Re: combat singulier

Messagepar Jean Jolicoeur » 2004-12-06, 10:06

Bonjour Monsieur Codère, Non, moi je n’étais pas journaliste mais j’ai passé tellement de temps dans les salles de nouvelles des médias depuis quinze ans, que c’est tout comme. Le texte que vous citez est toujours à la section légende de notre site au lien : http://www.autochtones.ca/portal/fr/Art ... icle_id=40 Meilleures salutations, Jean Jolicoeur
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