Le statalisme comme concept de base

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Le statalisme comme concept de base

Messagepar JONKYARD » 2010-06-27, 11:31

Encore un nouveau mot, .... comme si on était pas assez mêlés comme ça!

http://www.francomaine.org/English/Travaux/memoire_Shea.pdf

Louise Gravel Shea
L’INFLUENCE DE LA FRONTIÈRE CANADOAMÉRICAINE
SUR LA POPULATION DE
GRANDE-RIVIÈRE MADAWASKA
Mémoire
présenté
à la faculté des études supérieures
de l’Université Laval
pour l’obtention
du grade de maître ès arts (M.A.)
Département de Géographie
Faculté des Lettres
Université Laval
Mars 1999
©Louise Gravel Shea, 1999
INTRODUCTION
Le sujet
La frontière politique est un instrument géographique de différenciation inventé par les
hommes.
Elle joue le rôle d’organisation des espaces. Elle encadre une zone, l’État,
composée de trois éléments: un territoire, une population et un pouvoir institutionnalisé.
L’État, titulaire de la souveraineté, personnifie juridiquement la nation. Le partage par
des frontières, provoqué par des guerres et décidé par des traités, ou établi par des
dirigeants du monde lors de la disparition de l’impérialisme, a fait naître l’ère de la
géographie des espaces politiques. Ainsi leur nombre est passé, de 1914 à 1994, de
50 à 190 (Krulic,1994, p.22). En 1999, on en compte plus de 220. En Amérique du
Nord, trois États ont pris forme depuis deux siècles: les États-Unis (1776), le Mexique
(1821) et le Canada (1867).
La division d’un territoire par une frontière politique peut sectionner des réalités
ethniques, linguistiques et religieuses
. La nouvelle frontière oblige une partie de la
population à passer dès lors, d’un État à l’autre. C’est ce qui s’est produit, le 9 août
1842, à Grande-Rivière, Nouveau-Brunswick, lors de l’établissement de ce qui est
aujourd’hui la frontière canado-américaine entre le Nouveau-Brunswick et l’État du
Maine. La communauté a été fragmentée en deux territoires formant deux villes
distinctes qui connaîtront dorénavant des destins différents
. Le côté sud de la rivière
Saint-Jean devint Van Buren (Me) et sa population de citoyenneté américaine. Le
côté nord devint Saint-Léonard et sa population resta sous contrôle britannique
jusqu’à l’avènement du Canada (1867). Les deux villes ont commencé alors à évoluer
séparément (voir figure1).
Le territoire
Le territoire d’étude est donc situé dans le comté du Madawaska, au nord-ouest du
Nouveau-Brunswick et dans la partie nord du comté d’Aroostook, Maine c’est-à-dire
dans la St.John Valley
. Toutefois, la présente recherche concerne, plus
particulièrement, l’ancien territoire de la communauté de Grande-Rivière devenu le
territoire actuel des localités de Van Buren (Me) et de Saint-Léonard (N.-B.) depuis
1842. Plusieurs raisons expliquent le choix de la communauté de Grande-Rivière. De
tous les établissements canadiens de la région affectés par le passage de la frontière
canado-américaine, Grande-Rivière est celui le plus propice pour analyser les
répercussions de cette frontière nationale sur le fait culturel des populations habitant
une zone frontalière. Avant 1842, Grande-Rivière est la seule communauté formée
d’une seule paroisse s’étendant, en proportions égales, sur les deux rives de la rivière
Saint-Jean (Albert, 1982, p.282). Le passage de la frontière divise la paroisse de Saint-
Bruno de Grande-Rivière en deux parties distinctes, séparant les terres, les liens
religieux et familiaux et laissant même l’église et le presbytère du côté américain. Selon
Lapointe (1989, p.63), la population des deux parties du territoire, au moment de la
séparation frontalière, est relativement identique sur tous les plans: origine, religion,
langue, mentalité, développement économique et habitudes de vie. L’homogénéité de
la population de Grande-Rivière avant le passage de la frontière internationale et sa
division en deux villes devenues aujourd’hui d’égale importance constitue un laboratoire
par excellence pour atteindre l’objet de recherche de ce mémoire. Il suffit maintenant
de choisir une stratégie de vérification et les instruments de collecte de l’information
nécessaires afin d’établir si l’appartenance des deux villes à des États distincts a
différé les habitudes de vie et de comportement chez leur population réciproque.
La frontière juxtapose des entités politiques distinctes. Les États possèdent leur propre
organisation de l’espace. Leur constitution politique implique ou peut impliquer des
actions socio-géographiques, socio-économiques et socio-culturelles influencées
par des conceptions particulières ainsi qu’une pensée idéologique distincte. L’État
regroupe un ensemble de traits qu’il partage avec d’autres États ou qu’il possède en
exclusivité. Cet ensemble reflète le visage de l’État. Les événements essentiels qui
jalonnent la vie de chaque citoyen ainsi que les éléments de la vie quotidienne sont
marqués d’une façon différente à l’intérieur des divers États (Mackey,1988, p.16). La
partie de la population de Grande-Rivière, devenue américaine après le passage de la
frontière canado-américaine, n’a pas été exemptée de ce phénomène. Elle a dû
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s’adapter à un nouveau pays et par conséquent s’ajuster à de nouvelles habitudes de
vie. Son comportement en a été modifié.
Le statalisme comme concept de base
Jacques Pohl, en 1976, aborde les effets des frontières par un nouveau concept: le
“statalisme”. Il le définit comme suit: «Tout fait de signification ou de comportement
observable dans un État, quand il est arrêté ou nettement raréfié au passage d’une
frontière» (Mackey,1988, p.13). Ce néologisme, dérivatif de statales ou limites
administratives, attesté dès 1938, (Quemada,1975, p.219), est redéfini par William
Mackey lors du Colloque sur le statalisme qui s’est déroulé en Belgique les 13 et 14
mars 1985. Il est le phénomène propre à un État circonscrit par des frontières. Il est
observable comme faits ou systèmes de signification et de comportement. Il inclut les
contraintes imposées par l’État à sa population et les bienfaits qu’elle en reçoit. Le
statalisme est donc le système des systèmes maintenu par des rapports
interdépendants entre l’État et la population. La présence de systèmes politiques,
juridiques et économiques communs, de communications sociales, de langues
nationales, de religion, de symboles ayant un même sens pour tous, a pour effet un
partage du même système de valeur. La nature de ces rapports détermine les attitudes
et les comportements d’une population dans la vie collective. Le statalisme est à la fois
le moyen et la manifestation. Il différencie les populations de chacun des États, les
distingue et les identifie. Le statalisme c’est l’intégration et l’assimilation d’une
population à son État (Mackey, 1988, p.14). La nature des rapports entre l’État et sa
population varie beaucoup d’un État à l’autre. Les manifestations du statalisme
diffèrent selon le contexte philosophique de l’État. Il y a une différence profonde
entre l'Orient et l’Occident. En Orient, on naît avec des devoirs; en Occident on naît
avec des droits. Les manifestations du statalisme diffèrent également selon les
conceptions de l’État. Dans l’État unitaire, le citoyen se conforme aux mêmes modèles
selon la manière prescrite. Dans les sociétés pluralistes, il y a compétition entre
diverses normes, donc plus de variété dans le comportement des citoyens, plus de
tolérance et plus de nécessité d’accommodement (Mackey, 1988, p18). Le Canada et
les États-Unis sont deux États modernes, pluralistes, fondés sur un même continent
depuis à peine deux cents ans. Malgré qu’ils ont, au cours des siècles, été marqués
profondément par une influence britannique leur statalisme global réciproque est
assez différent pour distinguer le Canadien de l’Américain ( Lipset, 1990).
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L’objet de l’étude
L’étude de ce mémoire se situe en géographie politique, historique et culturelle. Elle a
pour but de cerner et d’évaluer, dans un contexte historique, l’impact de la frontière
canado-américaine sur l’identité, les habitudes de vie et les comportements culturels
des populations divisées et intégrées dans des systèmes statales distincts. Au
moment de la délimitation internationale, en 1842, la population de Grande-Rivière
avait une identité ainsi que des comportements culturels identiques, le tout renforcé
par des liens de parenté. Une communauté culturelle entière a donc été divisée pour
appartenir dorénavant à deux États de statalisme différent. Immédiatement après la
partition par la frontière de Grande-Rivière, le côté sud de la rivière Saint-Jean est
devenu Van Buren (Me) et a été annexé à la géographie des Etats-Unis. Les
statalismes américains ont été immédiatement imposés par l’intermédiaire des
institutions juridiques, politiques, administratives et culturelles, à la population de Van
Buren. Le statalisme des institutions culturelles américaines a-t-il intégré et assimilé la
population de Van Buren de façon telle à la rendre distincte de celle de Saint-Léonard?
Aujourd’hui, quel est l’impact réel et perçu de la dualité stataliste américaine et
canadienne sur l’identité collective, le fait linguistique et la vie quotidienne des
citoyens de Van Buren et de Saint-Léonard? Quelles sont, en 1999, les conséquences
assimilatrices de cette dualité stataliste des institutions des deux États, sur les
habitudes de vie et les comportements culturels des citoyens des villes de Van Buren
et de Saint-Léonard?
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