JEAN GUAY
Le R.P. Jérôme Lalement, à Québec, écrivait dans son journal, fin septembre 1646, les faits marquants du mois et de l'année; ceux donc qui arrivèrent cette année, outre le Père P. Quentin furent le P. Daran, le P. Gabriel Lalement....; pour les Hurons, Desforges, Pierre Tourmente, masson, Jean Guiet, menuisier, Frère Goüaut, Apotiquaire. Et le dit Sr. de Laibinière....
Combien chanceux sont les descendants de se Jean Guit ou Guay! En quelques lignes immortelles, ils voient fixer à jamais le nom de leur ancêtre dans les annales de notre histoire, son métier, ses compagnons, sa mission; aider les Jésuites dans leurs travaux apostoliques à Ste-Marie des Hurons, aujourd'hui Midland, Baie Georgienne, en Ontario.
Jean Guay avait quitté son pays par le port de La Rochelle sur un navire, Le cardinal, ayant comme maître le Sr. Repentigny. La journée du départ aurait été le 18 juillet 1646. Cependant, C. de Rochemonteix a peut-être raison d'écrire que Pierre Legardeur de Repentigny quitta La Rochelle le 13 juin. Une preuve camouflée apparaît dans les registres de Notre-Dame de Québec, 27 septembre 1646, lorsque le jeune fils de l'admiral de la flotte et du directeur de la Communauté des Habitants, Jean Baptiste Legardeur ( 1632-1709) et sa soeur Marguerite se présentent comme parrain et marraine de Jean Baptiste Trottier, "né en mer depuis 2 mois sur un voilier venant de la Gaule"..... M. Repentigny accosta son bateau à Québec le 23 septembre, 2 mois et 5 jours après son départ de France, traversée d'une durée raisonnable!.... ou après 3 mois et demi, traversée longue et difficile, moins honorable... dont on ne veut pas parler.
Fils de Jean et de Marie dumont, Jean Guay naquit vers 1626, à la commune sans histoire de Notre-Dame de Breneuil,, canton de Gémonac, arrondissement de Saintes, département de la Charente-maritime, en Saintonge. Jean Guay avait environ 20 ans lorsqu'il arriva à Québec en 1646.
PAYS DES HURONS;
Jean Guay, comme Donné aux Jésuites, possédait des privilèges et des obligations. Les Pères devaient lui fournir le couvert et le gîte, tous les secours spirituels nécessaires, costume particulier s'obligeait à la vie laborieuse et pénible des missionnaires. A la huronnerie, il participe aux prières communes des Pères et fait sa visite au Saint sacrement tous les jours. Le nombre des Donnés en vint même à dépasser la vingtaine parmi lesquels l'on retrouve l'illustre René goupil, canonsisé en 1930.
jean Guay se diregea-t-il dès son arrivée vers la huronnerie? Bernard Guay dans une étude scientifique sur son ancêtre , présentée à L'Université Laval en 1978, en conclut que non. Les Jésuites, malgré leur zèle brûlant, demeuraient fr fins pédagogues. Ils freinaient même les ardeurs au nom de la prudence. Selon toute vraisemblance, Jean Guay demeura pendant 2 ans à Québec pour aider les Pères. Ses talents de menuisier servir partout. Il fallait d,abord respirer le pays.
En 1648, le Père lalememant, fondateur du système des Donnés depuis 10 ans, organisa le périlleux voyage de 300 lieus et de 40 portages. Le 6 août, 50 à 60 canots Hurons venus à Trois-Rivières pour la traite s,en retournèrent avec 26 Français; 5, pères, un frère, 3 enfants, 9 travaillants et 8 soldat... une génisse et une petite piece de canon. La flottille arriva à Ste-Marie, pense-t-on, 35 jours plus tard, vers le 10 septembre. Jean Guay complétait le nombre de 24 domestiwues bénévoles. les uns s'occupaient aux affaires de la maison, les autres aux travaux de défrnse, à la culture de la terre, parfois même au combat, écrivit le Père Ragueneau, le 1é mars 1649.
Que vit Jean guay en arrivant à Ste-Marie ? La désolation, les larmes! En juillet, les Iroquois avaient détriut la mission St-Joseph et tué 2,000 Hurons. Au début de l'hiver 1649, ce fut le tour de la mission St-Ignace; le RR PP. Brébeuf et Gabriel Lalemant furent martyrisés. Les Hurons épouvantés, supplièrent les Pères de les suivre à L'île des Chrétiens ou à st-Joseph, à 33 kilomètres de là. On mit alors le feu à Ste-Marie et , vers le 13 mars, cette oeuvre de 10 années de travail fut consummée volontairement en quelques heures. Quelle épreuve ! Les ennemis ne lâchèrent pas prise pour autant; ce fut le harcèlement. Le 10 juin 1650, les missionnaires, leur personnel dont Jean Guay et 300 Hurons se sauvèrent vers Montréal, puis vers Québec qu'ils atteignirent le 28 juillet. On avait assisté, impuissant, au génocide d'une Nation. La colonie elle-même agonisait. Quelques P;eres, des Frères et des Donnés retournèrent en France. Jean Guay , décidé, choisit de demeurer au pays.
CÔTE DE LAUZON;
Après cette aventure tragique mais enrichissante, Jean Guay continua peut-être à travailler pour les Jésuites comme Donné à Québec, du moins durant l'hiver 1650-1651. Que fit ensuite l'ancêtre Guet Guay? La réponse la plus plausible se formulerait comme suit. Vers 1651, Charles cadieu dit Courville possède une terre entre Guillaume Couture et Guillaume gauthier dit Lachenaye, à la Pointe-Lévy. Louis Lauzon de La Citière l'achète pour le prix de 1,200 livres. Cinq ans plus tard, les Jésuites en deviennent possesseurs. Dans un mémoire daté de 1656, les religieux propriétaires affirment que La Citière y avait travailler " avec bien de la dépense " y avait d'ailleurs une pecche d,anguille la mesme année que Mr. de Lauzon l'achepta' De plus, le document nous apprend que cette terre de 4 arpents de front, obtenue en échange d'une autre à LÎle d'orléans, possède 8 à 10 arpents de désertés et un bâtiment. Or, c'est cette terre qu'obtient Jean Guay, le 10 juillet 1658.
Qui donc a défriché les 8 arpents de terre en 5 ans ? Qui a entrenu la pêche à l'anguille ? Qui a bâti l'humble bâtiment ? Nul autre que Jean guay. Il aurait été engagé par lauzon, puis par les Jésuites qui lui concèdent à rentes en 1658 le terrain de 4 arpents sur 40; et ils le lui cédent le 19 juin 1666. cette terre couvre aujourd'hui le territoire situé entre les rues du Moulin, Hyppolyte-berthier et Caron, du fleuve jusqu,au Sud de la route Transcanadienne.
fait étrange, Jean Guay ne déclara que 3 arpents de terre en culture en 1667. Son attention se porta-t-elle pendant quelques années vers sa pêche à l'anguille ou vers la menuiserie ?.... Cependant, 14 ans plus tard, les recenseurs inscrivaient; 1 fusil, 9 bêtes à cornes et 30 arpents en valeur. En 1681 , parmi les 49 propriétaires résidant à la Côte de lauzon, il n'y avait que la veuve Catherine gauthier qui le doublait en superficie cultivée, et un seul qui l'égalait, Jean Dumets.
FOYER REMPLI;
Jean Guay, maître de lui, 26 ans , expirimenté dans la menuiserie, ami de la terre et du fleuve, pouvait espérere remplir un foyer heureux. A l'été de 1652, arriva de Saint-sauveur de La rochelle une jeune fille de 16 ans nommée Jeanne Mignon. Personne n'a encore découvert la raison de sa présence à Québec. Elle déclarait être fille de françois Mignon et de Marie Bélanger. Jean guay fit sa connaissance, l'aima et la prit pour légitime épouse le 10 novembre de la même année. M. Jean Le sueur bénit l'union à la Pointe-Lévy même, devant les témoins bien connus Guillaume Couture, un ancien Donné aux Jésuites, François Bissot Sieur de la rivière, futur propriétaire de la première tannerie à Lauzon.
Onze enfants peuplèrent le foyer Guay. Leurs actes de baptème se trouvent à Notre-Dame de Québec. L'Aîné Jean, né le 26 octobre 1653, ondoyé par Guillaume Couture, eut comme parrain Jean de Lauzon, gouverneur du pays; l'enfant décéda la même année. Un second Jean, né le 6 octobre 1654, futur époux de Marie Hureault, n,a pas laissé de descendances. guillaume eut comme filleul Guillaume; en 1681, ce guillaume Couture n.était plus. Nous perdons également les traces de Pierre et de Charles. Joseph ne vécut que quelques jours. Ignace unit sa vie à Marguerite Rochon et à Perrine Samson ; Louis, à Marie Anne Bégin et à Suzanne samson; Jacques, à Marguerite Chauveau; Michel à Elizabeth Albert. Une seule fille allait mettre un peu de féménité dans ce foyer par trop masculin, Françoise, Hélas à l'âge de 4 ans , elle s'envola comme une colombe vers le ciel.
Tous les enfants Guay vécurent de la culture du sol. Deux garçons succombèrent un moment à la tentation de l'aventure. Jean Guyay, l'aîné, s'engagea pour le compte de La chenaye afin d'aller chercher illégalement des fourrures. Tibierge , meunier, intelligent parmi les sauvages et dans les bois, dirigea les 5 canots ou le 10 hommes dont les fils de l'ancêtre Guay. Ignace Guay, vers les années 1686, causa des soucis à ses parents, parce qu'il avait délaissé sa belle ferme pour aller aux Outaouais.
Ainsi commença à étendre ses rameaux sur le sol d'Amérique l'arbre de Jean Guay et de Jeanne Mignon, un arbre à quatre branches maîtresse.
ONDOYER;
Ondoyer, c'est baptiser en cas de nécessité en omettant les cérémonies de l'Église. L'ondoyement se fait parfois par précaution. La coutume établie veut que ce baptème soit administré par une personne autre que le père et la mère de l'enfant.
Au bébut de la colonie, nos ancêtres recouraient parfois à l'ondoyement, à cause de la distance qui les séparait du missionnaire. La personne demandé pour rendre ce service éminement charitable était choisie avec soin. Etienne Racine, Martin prévost, Louis gagné, Pierre Simard, Jean Crête, Jean Cauchon, Guillaume Thibault, François Bélanger, la sage-femme Marguerite Langlois, et bien d,autres , sont signalés dans les registres de Notre-Dame de Québec comme ayant ondoyé des bébés.
Si Guillaume Couture ondoya deux enfants Guay, Jean Guay rendit le même honorable service à Couture, deux fois.
PÊCHER;
Le Conseil Souverain était l'autorité judiciaire la plus puissante au pays. En août 1667, François Becquet, Michel Bisson, Louis Bégin, Jean Guay et Cie voient leur appel réduit à néant devant ce Conseil Suprême. Guillaume Couture et François Bissot veulent un chemin de la largeur d'une perche traversant les terres au-dessus des marées; ils y en auraun, clôturé, aux frais des riverins, et au plus tôt!
Samedi , 22 août 1671, les deux amis voisins Couture et Guay voient leur contestation jugée devant le Conseil Souverain. Guay soutient que lui seul possède un droit de pêche sur la grève de sa terre. D'ailleurs, la prévôté de Québec lui avait donné raison, le 23 juillet précédant. Mais, une clause de ce jugement stipulait que l'intendant Talon pouvait modifier. Pour différentes raisons motivées, Talon trancha le litige en disant que les deux contestations pouvaient " tendre ses retz et mettre ses nasses " dans les mêmes eaux, pour un an seulement. Et tout entra dans l'ordre.
NAVIGUER;
D'après Gabriel Drouin , Jean Guay est le précurseur de la traversée organisée entre Lévis et Québec. En effet , il était propriétaire de plusieurs barques et il engageaient chaque année des bateliers pour faire la traversée du fleuve, entre les deux rives.
Ce fleuve, Jean Guay, le connaissait comme le creux de sa main. A l'automne 1690, avec l,aide de 8 hommes et de 2 barques, à ses frais, c'est lui qui eut l'audace et l'honneur de tirer du fleuve l'ancre du vaisseau de l'amiral William Phipps. Ce dernier , après la réponse précipitée du canon de Frontenac, n,avait eu d,autre alternative que celle de couper le câble de son ancre et de filer en vitesse vers l'EST.
Jean Guay, tout content de sa capture, alla prédenter son trophée à l'intendant, le printemps suivant. Jean Guay avait oublié la loi passée le 21 juin précédant; elle attribuait à L'État les objets perdus au fond de l'eau, pour la valeur des deux tiers, après encan. Jean Guay ne reçut donc qu'un tiers des profits , malgré les dépenses que cette opération lui avait occasionnées.
Jean guay, époux de jeanne Mignon , père de onze enfants, paroissien de St-Joseph de Lévis, placé au premier banc à l'église après celui des marguilliers et de Couture, fermier, pêcheur à l,anguille, navigateur, acosta au quai de l'Éternité problablement à la fin de l'hiver 1694. Les registres sont muets au sujet de sa mort. Jean Guay avait 68 ans d'âge et de mérite.
CONTINUER;
Le 5 juillet 1694 , le notaire Metru procéda à l'inventaire des biens de feu Jean Guay. On évalua à 2,000 livres sa maison et ses bâtiments. Jeanne Mignon avait en argent liquide 495 livres provenant de la vente d'une barque. Le fils Jacques héritait du bien paternel. Au cours de l'inventaire, ce Jacques manifesta des sentiments rapaces. Sa mère le traita de chien et de coquin, ajoutant qu'il l'avait battue autrefois. A un moment donné, elle lui sauta à la gorge " preste a le lestranguler "
Jeanne Mignon n'était pas une timide. Au début de 1679, en l'absence de son mari, peut-être parti à la chasse, nous apprenons dans un contrat pas signé de rageot qu'elle retira son fils Jacques, souffreteux, apprenti serrurier, de chez Nicolas Cliche, en cassant le contrat d'engagement passé devant Pierre Duquet.
Le 15 mars 1701, en plein carême, jeanne Mignon. gisant au lit , malade en la sale des femmes de l'hotel Dieu de québec, décide de faire rédiger ses dernières volontés par le notaire François genaple. Le début de ce testament ressemble à une prière; elle recommande son âme à Dieu, Père, fils et St-Esprit, elle supplie par les mérites de la mort et passion de Notre Seigneur Jésus Christ de lui pardonner ses péchés... veut lad. Testataire que sur la moitié qui luy appartient de la barque appelé le St-Joseph... 100 livres soient employées à dire 100 messes basses par le Père Récollet , et que le restant soit distribué à parts égales à ses enfants. Elle donne 50 livres au Curé Philippe Boucher et veut " qu'il soit fait un voyage de voiture de la dite barque pour les pauvres dudit hotel Dieu "
Le 23 du même mois, Jeanne fait ajouter un codicille à son testament dans lequel elle se plaint que le plus jeune de ses fils, Michel, auquel elle s,est donnée le 12 juillet 1694, ne l'a pas bien traitée et qu'elle avait souvent été obligée d,aller demeurer ailleurs. Pour être juste, elle veut que 3000 livres que lui doit son benjamin il en soit déduit 50 pour des messes. 100 pour de l'argent par lui prêté lors de son voyage en france et que les 150 livres retantes soient partagées entre tous ses enfants.
jeanne Mignon décédera à L'Hôtel Dieu de Québec à l'âge de 66 ans , le 24 mars 1701, veille de l'Annonciation de la Sainte Vierge. Elle avait une volonté d'acier, un coeur d'or , une foi plus que profonde.
Le Seigneur l'a reçue comme telle dans son Paradis .
Référence: Nos ancêtres volume 9 Auteur : Gérard Lebel, C. Ss. R.
1984
Dédiée à Sylvie Guay
Shushan
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Suzanne Moisan
