LES DROITS ET PRETENTIONS DES ABENAQUIS AU TERRITOIRE DES...

Quels sont les droits des autochtones?

LES DROITS ET PRETENTIONS DES ABENAQUIS AU TERRITOIRE DES...

Messagepar Acadienne » 2008-08-30, 15:58

LES DROITS ET PRETENTIONS DES ABENAQUIS AU TERRITOIRE DES CANTONS DE L'EST.

Une dame anglaise déclarait un jour devant nous que la destruction de Saint-François en 1759 par Robert Rogers était méritée depuis longtemps étant donné que les Abénaquis ne cessaient de ravager les établissements anglais de la Nouvelle-Angleterre. Ils méritaient donc cette punition exemplaire. Et nous n'avons rien répondu parce que la question en jeu couvre au moins un siècle d'histoire; comment démêler dans les expéditions multiples de part et d'autre les causes d'attaque et de défense qui avaient leurs origines en Europe, débutaient en Acadie pour aboutir à Québec ? Comment discerner après cent cinquante ans de lutte le parti qui méritait la louange de celui qui devait être réprimé ? L'ignorance ne doute de rien....

A notre sens, la cause toute naturelle de la destruction de Saint-François, c'est que Amherst avait bien réalisé que l'invasion de la Nouvelle-France était impossible sans la destruction du village des Abénaquis posté sur le fleuve comme une sentinelle vigilante gardant les entrées du Richelieu et du Saint-François. Cette expédition contre les Abénaquis faisait donc partie du plan de campagne qui devait amener la session du Canada à l’Angleterre. Ceci est d'ordre général; si nous descendons dans les détails de l'histoire, nous nous trouvons toujours en face d'un même fait : de 1680 à l759, les Abénaquis ne cessèrent de lutter contre l'Anglais envahisseur; c'est le grand motif des vengeances exercées contre Deerfield, Haverhill, Casco et toutes les places fortes de la Nouvelle-Angleterre. Les Abénaquis s'allièrent aux guerriers français en ces circonstances sans jamais les trahir, afin de protéger le territoire qui leur avait été donné par M. le comte de Frontenac en janvier 1680. Le traité de Ryswick signé le 20 septembre 1697, remettait l'Acadie à la France sans cependant en délimiter les frontières avec la Nouvelle-Angleterre. Dès l'année suivante les discussions s’élevèrent à ce sujet. Les Français ne voulaient point renoncer à la rivière Kénébec qui leur offrait la route la plus directe par le lac Mégantic et la Chaudière vers Québec. Les Anglais réclamaient le pays des Abénaquis jusqu'à la rivière Sainte-Croix, ce que le baron de Saint-Castin n'était pas prêt à céder non plus que les Iroquols qui s'étendaient vers l'ouest. En 1699 le gouverneur de la Nouvelle-Angleterre voulut entrer en pourparlers avec les Abénaquis. La réponse de ceux-ci lui fut signifié en quatre articles qui indiquent fort bien les questions alors agitées

I) Que le gouvernement de la Nouvelle-Angleterre devait retirer immédiatement et pour toujours les Anglais du pays des Abénaquis;

II) Que le gouverneur anglais n'était pas leur maître, que ni lui ni ses prédêcesseurs ne l'avaient jamais été; que les sauvages s'étaient soumis volontairement au roi de France;

III) Qu'ils ne permettraient jamais aux Anglais d'avoir des établissements sur leurs terres; qu'ils n'accordaient cette permission qu'aux Français;

IV) Qu'ils étaient fort surpris d'apprendre l’arrivée prochaine de missionnaires protestants; qu'ils étaient bien aise d'informer le gouverneur anglais qu'ils ne voulaient point changer de religion, et qu'ils n'en professeraient jamais une autre que celle qui leur avait été enseignée par les Français; qu'ils avaient combattus pour la défense de cette religion et qu'ils combattraient encore jusqu'à la mort. (1)

Les Iroquois , de leur côté luttèrent contre les prétentions de la Nouvelle York sur leurs terres. Bancroft rapporte que la Nouvelle York imbue d'un fanatisme puritain passa alors une loi qui défendait sous peine de mort à tout prêtre ou religieux d'entrer dans les limites de leurs provinces (2). Comme un grand nombre des Iroquois étaient chrétiens et desservis par les P.P. Jésuites, ils furent surpris d'un tel ostracisme. C'est ce qui les porta à envoyer des délégués au grand traité de paix de 1701. De ce jour. ils abandonnèrent la cause des Anglais et refusèrent toujours d'attaquer les Abénaquis (qui) n'ont jamais compté plus de 3000 guerriers au temps de leur plus grande puissance, c'est-à-dire avant 1680; mais c'est grâce à leur vaillance si la Nouvelle-France, qui ne comptait alors que 10000 âmes a pu se maintenir contre la Nouvelle-Angleterre et la Nouvelle-York dont la population était de 250000.

La paix de Ryswick fut, comme on le sait, immédiatement troublée par 1es événements d'Europe. M. de Callières mourut le 26 mai 1703 et le marquis Rigaud de Vaudreuil lui succéda. Il vit bientôt monter l'orage du côté de l'Acadie. Un fait vint l'éclairer sur les prétentions des Anglais. Le colonel Schuyler, l'homme le plus intrigant et le plus actif de la Nouvelle-York, avait réussi à gagner à sa cause quelques Iroquois du sault Saint-Louis. Heureusement, les Abénaquis réussirent à déjouer ses intrigues; mais Abénaquis et Français étaient désormais fixés sur ce qui les attendait. Alors M. de Vaudreuil ne put retenir les Abénaquis qui ravagèrent les établissements anglais de Casco à Wells dans le Massachusetts. Le gouverneur autorisa l'expédition de M. de Beaubassin, de Hertel de Rouville et de M. de Saint-Ours Deschaillons. Ces expéditions répandirent la terreur dans les colonies anglaises. Le colonel Schuyler fit des représentations au marquis de Vaudreuil : " Je crois, disait-il, qu'il est de mon devoir envers Dieu et envers mon prochain de prévenir, s'il est possible, ces cruautés barbares.

Mon cœur est rempli d'indignation quand je pense qu'une guerre entre les princes chrétiens, soumis aux lois de l'honneur et de la générosité, dont leurs ancêtres leur ont donné de si beaux et si brillants exemples, est dégénérée en une boucherie sauvage et sans limites. Ces choses ne sont pas propres à mettre un terme à la guerre ". (3)

Heureusement, M. de Vaudreuil connaissait le travail hypocrite de Schyler auprès des Iroquols et des sauvages alliés des Français, afin de les engager à commettre contre les Canadiens et les Abénaquis les excès dont il se plaignait lui-même. Aussi le gouverneur lui répondit : " Qu'il devait Savoir ce qui s’était passé depuis cinquante ans; que, conséquemment, il devait savoir que les Anglais eux-mêmes avaient mis le Canada dans la pénible nécessité d'autoriser ces descentes des Abénaquis et des autres alliés sur la Nouvelle-Angleterre; qu'il ne devait pas ignorer les horreurs commises par les Iroquois à la sollicitation des Anglais, qu'à Boston les Français et les Abénaquis, retenus comme prisonniers, étaient traités avec une barbarie qui ne cédait nullement à celle dont il se plaignait; que les Anglais avaient plusieurs fois violé le droit des gens. ainsi que certaines négociations arrêtées et signées; qu'enfin, tous les prisonniers qui venaient des colonies anglaises étaient bien traités par les Français et les Sauvages". (4)

Albert GRAVEL, ptre,
de la Société historique des Cantons de l'Est,


(1) Le P. de Charlevoix, Histoire générale de la Nouvelle-France, vol III, pp. 254-255.
(2) Histoire des Etats-Unis, vol Il, p. 825.
(3) Bancroft, Histoire des États-Unis, vol II, p. 852, note IV
(4) J. A. Murault, Histoire des Abénaquis, p. 331

Tiré de: L'Entraide généalogique, volume V, numéro 2, 1982-83, page 52

http://www.genealogie.org/club/sgce/abenaq.htm

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