Montréal, terre iroquoise

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Montréal, terre iroquoise

Messagepar Saguingoira » 2009-04-14, 22:04

Jérôme Delgado
Édition du vendredi 03 avril 2009
Montréal, terre iroquoise

L'exposition Hochelaga revisité ne déterre pas la hache de guerre mais une réalité oubliée : les traits amérindiens de la métropole

Pas de totems ni de figurines en pierre, pas plus que des tissages, des bijoux en os ou des mocassins. Aucune représentation de la chasse, de la pêche ou de danses autour du feu. L'exposition Hochelaga revisité, au Montréal arts interculturels (MAI), en est pourtant une d'art autochtone. Art contemporain, faut-il préciser. Avec un tel titre, l'expo ne le cache pas: elle est politisée. On veut nous rappeler que Montréal, terre iroquoise, n'est pas qu'une vieille histoire. Les traits amérindiens, après tant d'années d'exclusion et de silence à leur sujet, demeurent vivants.

«L'intention derrière Hochelaga revisité était de donner présence et reconnaissance aux populations autochtones, d'inclure leur histoire parmi celle des communautés de Montréal et parmi l'art contemporain. C'est une exposition politique, mais aussi personnelle, historique, contemporaine... Elle a plus d'un volet.»

C'est le commissaire Ryan Rice, lui-même d'ascendance mohawk, résidant de Kahnawake, qui résume ainsi l'exposition pour laquelle il a réuni le travail de six artistes établis. Il les a invités pour leur «expérience personnelle de Montréal», qu'ils l'aient quitté ou s'y soient installés récemment.

«Leurs démarches sont des voix visuelles, des expériences autochtones, dit-il, tout juste revenu de Banff, qui tendent à décoloniser le processus de colonisation.»

Le photographe Martin Loft, lui aussi de Kahnawake, propose l'oeuvre la plus documentaire, une série de portraits d'hommes et de femmes d'origines diverses (des peuples des Premières Nations canadiennes, mais aussi un Quechua des Andes). Nadia Myre, connue pour sa version de la Loi des Indiens cousue à la main, propose une courte vidéo où l'apparition et la disparition des mots home, land et native prennent un sens politique.

Lori Blondeau, de la Saskatchewan, s'approprie le cliché de la «belle sauvage», alors que Cathy Mattes, du Manitoba, y va de l'oeuvre la plus ludique, inspirée d'un jeu pour enfants. Le français à y lire est toutefois si malhabile qu'on se demande si c'est volontaire. La francisation obligée des populations autochtones n'a pas nécessairement eu les résultats escomptés. C'est à se demander si la méthode appliquée a été la bonne.

L'expo est complétée d'une vidéo d'Ariel Lightningchild Smith et d'une peinture en plusieurs panneaux de Jason Baerg. Les six artistes connaissent des carrières en dehors des cercles autochtones, parfois fort fructueuses comme dans le cas de Myre et de Baerg. Ce qui n'empêche pas Ryan Rice de rappeler qu'en art, tout comme dans la société en général, les communautés autochtones, pas seulement les descendants iroquois, sont marginalisées.

«J'ai remarqué, dit celui qui travaillé un peu partout au pays, que Montréal, comme le Québec, a pris beaucoup de retard vis-à-vis le reste du Canada quand il s'agit d'exposer les artistes des Premières Nations, les Inuits, les Métis... J'ai souvent dénoncé cette réalité. L'exposition au Musée d'art contemporain sur les artistes émergents (La Triennale québécoise, été 2008) n'a inclus aucun artiste autochtone. C'est une constante.»

La preuve, constate-t-il, concerne ce même musée d'État qui n'a acquis aucune oeuvre d'artiste issu de ces populations, excepté pour les toiles de Rita Letendre -- qui, elle, ne s'identifie pas comme autochtone. «Je me demande quoi faire, sachant qu'il y a, au Québec, 13 Premières Nations et que plus de 65 000 autochtones vivent à Montréal. »

Ryan Rice fait aussi remarquer que le Conseil des arts et des lettres du Québec n'a aucun agent d'origine autochtone, contrairement à ce qu'il a vu dans les organismes du reste du pays. Le CALQ n'a pas non plus de fonds spécifiques aux cultures des Premières Nations. «Mais il existe un programme destiné aux arts du cirque», pointe-t-il.

Il y a certainement une part de méconnaissance. De l'histoire, de nos racines. Hochelaga peut être un fait ancien, le reconnaît-on seulement?

«C'est une question de principe que de reconnaître le territoire dans lequel on vit. Hochelaga est un territoire iroquois et les Montréalais marchent sur ses restes», accuse Ryan Rice. Revisiter Hochelaga est une invitation, toute pacifiste, à déterrer cette réalité.

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Collaborateur du Devoir

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- Hochelaga revisité, Montréal arts interculturels, 3680, rue Jeanne-Mance, jusqu'au 25 avril.

source : http://www.ledevoir.com/2009/04/03/243452.html
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Saguingoira
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