L'acadien

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L'acadien

Messagepar Réjean Auger » 2006-09-12, 09:01

Extrait de Histoire civile de Pubnico-Ouest écrit par Père Clarence-J. d'Entremont (pp. 125-6):

Archaïsmes ou vieux mots en usage à Pubnico

On appelle un «archaïsme» un mot, une expression, ou un tour de phrase qui ne fait plus partie de ce que l'on appelle «le bon langage», c'est-à-dire le français standard.

Après avoir traité de l'enseignement à Pubnico-Ouest, nous croyons qu'il est essentiel de parler de ces archaïsmes, une richesse léguée par nos ancêtres, qui orne favorablement l'histoire du village.

Pascal Poirier, le premier à faire une étude approfondie des archaïsmes acadiens, publiait en 1928 Le parler Franco-Acadien et ses origines, de 339 pages (Imprimerie franciscaine missionnaire, Québec). Dans cet ouvrage, il fait l'étude non seulement des archaïsmes proprement dits, mais aussi de la grammaire, de la prononciation, et des tournures de phrases dont se servent les Acadiens dans leur parler.

À part cette étude, Pascal Poirier a collectionné cinq à six milles «vieux mots» acadiens, lesquels ont paru dans cinq fascicules, comprenant en tout 466 pages, le premier ayant été publié en 1953 (Université Saint-Joseph, N.-B.), les quatre autres en 1977 (Centre d'études acadiennes, Université de Moncton).

À ces études on peut ajouter un article paru dans Mémoire de la société royale du Canada (Série III - mars 1917 - vol. X, pp. 339-364) intitulé «Des vocables algonquins, caraïbes, etc., qui sont entrés dans la langue».

En 1963, Mlle Marguerite Massignon, de Paris, après deux voyages en Acadie et un en Louisiane, publiait en deux volumes la thèse qu'elle présenta pour l'obtention de son doctorat, intitulée «Les parlers français d'Acadie - enquête linguistique», de 980 pages. C'est l'étude la plus savante jamais entreprise du parler acadien.

Au nombre des autres travaux sur les vieux mots acadiens, mentionnons deux ouvrages parus tous les deux en 1988: celui de Félix Thibodeau, Le parler de la Baie Sainte-Marie, Nouvelle-Écosse (Les éditions Lescarbot, Yarmouth, N.-É.) de 3000 mots environ; et celui d'Enphrem Boudreau, Glossaire du vieux parler acadien - mots et expressions recueillis à la Rivière-Bourgeois, Cap-Breton (Les éditions du Fleuve, Montréal, P.Q.) de 1500 mots environ.

La plupart des «vieux mots» qui sont en usage à Pubnico se trouvent chez ces auteurs. D'autres cependant semblent être propres à l'endroit. La liste qui suit est loin d'épuiser le vocabulaire acadien de Pubnico:

Vieux mots français qu'on entendait autrefois dans nos villages mais qui disparaissent d'année en année
Mots dont l'orthographe diffère de celle acceptée aujourd'hui
Mots que l'on trouve dans le dictionnaire mais auxquels nous donnons un sens différent
Vieux mots que l'on trouve encore dans le dictionnaire

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Messagepar Réjean Auger » 2006-09-12, 09:04

Dictionnaire
vocabulaire acadien


Langue
le français acadien : présentation avec quelques mots


Radio
radio cifa : radio communautaire de Nouvelle-Écosse > écouter en ligne




Mots acadiens
berlicoco cône, pomme de pin
ça me fait zire ! ça me dégoûte ! (et ça ne fait surtout pas... rire !)
ricasser ricaner : cesse donc de ricasser !
galance balançoire... sur laquelle on aime se galancer...




Acadie
musée de l'Acadie (en français ou en anglais)
a histoire des Acadiens : les Amérindiens, cartes (expo du musée)
a histoire de l'Acadie (1604-1755)
histoire des Acadiens : des origines à nos jours, en passant par le grand dérangement ; coutumes et traditions
a hymne acadien : parole et musique (avec le son & partition) : l'Ave Maris Stella (en latin & traduction française)
a drapeau acadien


Les Acadiens désignent les francophones de l'est du Canada : ils habitent notamment dans les régions (à majorité anglophone) de Nouvelle-Ecosse et Nouveau-Brunswick (à l'est du Québec).

L'emblème des Québécois, c'est la fleur de lis ; celui des Acadiens, c'est la Stella Maris : l'étoile des mers. L'un comme l'autre sont, à l'origine, les emblèmes de la Vierge. La fête nationale de l'Acadie, c'est le 15 août : le jour de l'Assomption de la Vierge.

Le drapeau tricolore est le drapeau national des Acadiens français. Comme marque distinctive de la nationalité acadienne on placera une étoile, figure de Marie, dans la partie bleue, qui est la couleur symbolique des personnes consacrées à la Sainte Vierge. Cette étoile, Stella Maris, qui doit guider la petite colonie acadienne à travers les orages et les écueils, sera aux couleurs papales pour montrer notre inviolable attachement à la Sainte église, notre mère.
(Le Moniteur Acadien, le 28 août 1884)


le drapeau original
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Messagepar Réjean Auger » 2006-09-12, 09:17

dictionnaire acadien cadien cajun LEXILOGOS >>Les Acadiens désignent les francophones de l'est du Canada : ils habitent notamment dans les régions (à majorité anglophone) de Nouvelle-Ecosse et ...
www.lexilogos.com/acadien.htm - 20k



Voici une bride: bonne recherche.



Le français acadien (dialecte) - première partie


[ première partie ] [ deuxième partie]

Introduction
En Acadie, comme dans toutes les cultures, la langue est intimement liée à la question identitaire. Petit îlot francophone dans une mer anglophone qu'est l'Amérique du Nord, l'Acadie de l'Atlantique associe la langue française à un véritable outil de promotion nationale.

L'appellation « français acadien » sert à désigner la variété de français qui est parlée dans les provinces de l'est du Canada. Le français acadien est, avec le français québécois, l'une des deux variétés d'origines du français canadien. Le français acadien se distingue ainsi non seulement du français de référence que constitue la variété parisienne, mais également des autres variétés canadiennes qui se rattachent plutôt au français du Québec. Le caractère particulier du français acadien et son statut actuel sont le résultat de nombreux facteurs d'ordre historique, politique et social qui ont marqué la communauté de langue française qui vit aujourd'hui en Acadie et à laquelle a donné naissance un groupe de colons venus de France dans la première moitié du 17e siècle.

Les premières familles qui se sont établies en Acadie sous les auspices du sieur d'Aulnay sont issues de plusieurs régions françaises, mais les efforts de recrutement étant effectué dans certaines régions plus spécifiques, il semble qu'un grand nombre de ces ménages soit venu de l'ouest de la France, principalement du Poitou, l'Aunis, et la Saintonge mais aussi la Guyenne et le Pays Basque. Les recherches de Geneviève Massignon, qui a mis en relation les noms de familles acadiennes avec ces mêmes noms retrouvés dans l'ouest de la France, confirment ces données. Ainsi, presque la moitié de la descendance acadienne tire ses origines de cette région française. Ce haut pourcentage a forcément eu une incidence sur les caractéristiques culturelles de la communauté acadienne, notamment sur son parler, et permet par ailleurs d'expliquer les différences que l'on observe entre les communautés acadiennes et québécoises sur le plan de la langue, puisque moins du tiers de la descendance québécoise est issue de cette région française.

Pour ce qui est de la Nouvelle-France (Québec actuel), plus de la moitié des colons proviennent des provinces situées au nord de la Loire (surtout de la Normandie et du Perche, de l'Île-de-France, de l'Anjou, du Maine, de la Touraine, ainsi que de la Bretagne, la Champagne et la Picardie), un tiers d'entre eux étaient originaires de provinces situées dans l'ouest de la France et au sud de la Loire et le reste des pionniers venaient de provinces qui ont fourni assez peu d'immigrants à la colonie.

Liens intéressants
Dictionnaire français / poitevin-saintongeais en ligne
Dictionnaire acadien-français
Dictionnaire Poitevine saintongeais
Histoire (ou plutôt "istoere") de la langue poitevine-saintongeais

Les variantes du français acadien

Plusieurs facteurs ont agi sur le développement du français acadien, dont l'éclatement de la communauté acadienne en 1755 par le biais du Grand Dérangement, l'isolement géographique qui s'ensuivit, l'absence de droits linguistiques pendant plus d'un siècle et, bien sûr, le voisinage d'une forte majorité anglophone souvent hostile et peu ouverte au fait français. La langue parlée par les Acadiens (le français acadien) est distinct du français standard et du français québécois. Le français acadien est original dans la mesure où il s'est enrichi des contacts avec les anglophones et les Amérindiens, en plus des mots hérités de la France du centre-ouest du 17e siècle. Faire zire, abrier et hardes sont des termes vieillis dont l'usage est encore courant dans certaines régions acadiennes. Le parler de La Sagouine, ce personnage célèbre de l'écrivaine Antonine Maillet, est devenu un genre d'archétype de la langue acadienne. Or, contrairement à la croyance populaire, le parler de La Sagouine constitue un accent acadien parmi tant d'autres. En réalité, l'accent de La Sagouine est peu représentatif du français acadien moderne.

Après le Grand Dérangement, les Acadiens ont formé des enclaves francophones çà et là sur le territoire des provinces de l'Atlantique. C'est grâce à la formation de ces îlots francophones que la majorité des Acadiens ont échappé à l'anglicisation. Toutefois, la distance séparant ces enclaves et leur situation minoritaire par rapport aux anglophones ont créé plusieurs différences au niveau du parler acadien. C'est en parcourant les régions francophones des provinces de l'Atlantique qu'on peut constater ces variantes régionales.

Les variantes linguistiques en Acadie ne correspondent pas aux frontières interprovinciales, ni aux limites communautaires. Comme dans toute culture, le français acadien peut varier selon les individus, les générations et les groupes socioéconomiques. Les parlers varient beaucoup à l'intérieur d'une même province, tant au niveau de la phonétique que du lexique. Prenons l'exemple de la NouvelleÉcosse où le parler de Chéticamp au Cap-Breton ressemble peu à celui de la baie Sainte-Marie, mais se rapproche davantage du parler du sud-est du Nouveau-Brunswick. À Terre-Neuve, la colonisation de la péninsule de Port-au-Port s'est en partie effectuée par des Acadiens du Cap-Breton. Ainsi, le parler franco-terre-neuvien actuel s'apparente beaucoup à celui de la région de Chéticamp.

Pour sa part, le français acadien du Nouveau-Brunswick est riche de plusieurs parlers régionaux. Dans le nord-ouest et le nord-est de la province, vu la proximité géographique du Québec, il y a une nette influence québécoise sur la langue. Puisque les Acadiens de ces deux régions sont à forte majorité francophone, leur usage de mots anglais est plutôt rare. La réalité des Acadiens du sud-est de la province est cependant toute autre. Selon la linguiste acadienne Louise Péronnet, le parler traditionnel du sud-est du Nouveau-Brunswick est le plus représentatif du français acadien. On y retrouve deux parlers distincts : le premier est traditionnel, et le second, le chiac, est le parler de la nouvelle génération acadienne du sud-est du N.-B.. Le chiac est le résultat des nombreux contacts avec la communauté anglophone, surtout dans le milieu urbain de Moncton. Langue urbaine, le chiac se caractérise par le mélange du français, de l'anglais et du vieux français. Plus que partout ailleurs en Acadie, l'alternance et l'emprunt à l'anglais sont fréquents, pour ne pas dire naturels, dans les communautés acadiennes du sud-est du Nouveau-Brunswick. De plus en plus d'artistes acadiens (sud-est du N.-B.) écrivent en chiac, autant en littérature qu'en chanson. D'ailleurs, l'écriture en parler régional (par seulement en chiac) est un courant qui se manifeste dans les quatre provinces de l'Atlantique.


Le français en situation minoritaire

La première chose qui saute aux yeux en observant la distribution actuelle de la population, c'est que les limites du domaine linguistique acadien ne correspondent pas à des frontières politiques. L’Acadie consiste, comme nous venons de le voir, en un ensemble d'agglomérations francophones réparties dans cinq provinces canadiennes et qui débordent sur le territoire de deux autres pays (les États-Unis et la France). Par ailleurs, les communautés acadiennes sont souvent noyées dans un environnement anglophone, ce qui contraste avec la situation de la communauté québécoise qui occupe un territoire relativement étendu et où ce sont les groupes anglophones qui sont circonscrits par les francophones.

Cette situation a des conséquences sur les plans politique et sociolinguistique. Par exemple, l'Acadie ne peut, contrairement au Québec, pratiquer une véritable gestion de sa langue puisqu'elle est soumise à quatre juridictions différentes, si l'on se limite aux provinces Atlantiques, bien que la majorité de la population acadienne, soit un quart de million de francophones, se situe à l'intérieur du Nouveau-Brunswick, concentrée dans trois grandes régions : celles de nord-ouest, du nord-est et du sud-est. La population de langue française représente aujourd'hui un peu plus de 20 % de la population totale des provinces Atlantiques, la proportion s'élevant à quelque 34 % au Nouveau-Brunswick. On comprendra que, dans ces conditions, le fait français dans les provinces Atlantiques est constamment mis à l'épreuve.

Données géolinguistiques

L'Acadie, de par son histoire, est aujourd'hui une entité constituée de plusieurs communautés acadiennes dispersées sur un large territoire. Ces disparités géographiques ont favorisé les régionalismes linguistiques, d'où le besoin de prendre en compte la répartition géolinguistique de chaque acadianisme.

Cette répartition est très variable selon les cas : certains mots sont en usage un peu partout et peuvent se trouver également au Québec (ex. : mitaine, garrocher, achaler) alors que d'autres, très répandus, se limitent à l'Acadie, laissant supposer une origine très précise dans l'Ouest de la France (ex. : bâsir, bouchure, cagouet, chalin, zire) où se trouvent d'ailleurs les principales sources lexicales acadiennes. Les acadianismes qui sont attestés un peu partout sur le territoire linguistique acadien reflètent à peu près 20 % des emplois.

Les influences linguistiques étrangères, notamment celle du français québécois, ont affecté la vitalité des acadianismes dans certaines régions. Plus l'influence du français québécois est grande, plus la masse démographique acadienne doit être importante pour la contrecarrer. Certaines régions, comme la Basse-Côte-Nord, les îles de la Madeleine et le sud de la Gaspésie, tous peuplés d'Acadiens à l'origine, témoignent davantage aujourd'hui de l'influence linguistique québécoise. Le même phénomène se produit aux îles Saint-Pierre et Miquelon, d'abord habitées par des Acadiens venus de France après la signature du traité de Paris en 1763 ; l'influence de la France tend aujourd'hui à effacer la couleur acadienne qui a prévalu sur ces îles à ses débuts. Enfin, il est évident que l'influence de la langue anglaise est un facteur décisif dans la vitalité linguistique francophone de certaines régions acadiennes, telles que la côte ouest de Terre-Neuve, la région de Tignish sur l'Île-du-Prince-Édouard et la région de Pomquet en Nouvelle-Écosse.

Ces différentes influences expliquent qu'aujourd'hui, la zone linguistique la plus homogène se trouve dans les régions acadiennes des provinces Maritimes où le nombre élevé de locuteurs francophones favorise sa vitalité linguistique. Le pourcentage d'acadianismes retrouvés un peu partout dans les provinces Maritimes est deux fois plus élevé que celui qui englobe tout le territoire linguistique acadien, évalué précédemment à environ 20 %.

L'isolement des différentes communautés acadiennes a fait en sorte que presque la moitié des emplois ne sont attestés que dans certaines régions bien spécifiques : des acadianismes ne sont relevés que dans une seule région (ex. : assaye dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, rempart sur l'Île-du-Prince-Édouard), tandis que d'autres sont connus un peu plus largement, sur deux ou trois régions avoisinantes (ex. : gorziller et baraque au cap Breton et aux îles de la Madeleine). Les régions avoisinant le golfe du Saint-Laurent ont souvent en commun des termes de pêche inusités ailleurs (ex. : chafaud, saline, nove) ; cette distribution s'explique par le contact régulier des pêcheurs des différentes régions, alors que la mer agissait autrefois comme principal moyen de déplacement et donc, d'échange. Pour certaines régions insulaires, cette dépendance est toujours actuelle.

Certaines attestations régionales ne correspondent pas à un territoire homogène ; cette répartition sporadique peut s'expliquer en partie par le vieillissement de certains termes, entraînant leur absence dans certaines régions (ex : caristeaux, foulerie, perlache). Dans d'autres cas, le mystère demeure quant à leur répartition disparate (ex : rusillon, attesté au sud-est du N.-B., au sud-ouest de la N.-É. et sur la Basse-Côte-Nord).

La Louisiane joue un rôle non négligeable dans la vitalité du lexique acadien en Amérique du Nord. Longtemps isolés de leurs racines acadiennes, les Louisianais ont conservé des termes qui aujourd'hui ont presque disparu des provinces de l’Atlantique, et qu'il faut aller dénicher dans certaines régions isolées, derniers bastions d'une partie du patrimoine lexical acadien. Nous avons répertorié, par exemple, une trentaine d'acadianismes du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse dont on n'a pu retrouver d'autres traces qu'en Louisiane (ex : embaucher, niger, pienque).

Enfin, ce n'est pas parce qu'une région comprend une plus forte population acadienne que nous y trouvons plus d'acadianismes ; ce sont plutôt les régions les plus à l’abri des autres influences linguistiques (notamment celle du français québécois) qui attestent le plus grand nombre d'acadianismes. On retrouve, par exemple, un nombre élevé d'acadianismes dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, en comparaison avec le nord-ouest du Nouveau-Brunswick qui, pourtant, représente un nombre de francophones beaucoup plus important.

Note : Cette page contient l'essentiel pour comprendre ce qu'est le français acadien. Mais si vous voulez en savoir plus, voici la deuxième page intitulée, données historiques.



Je vous recommande le Dictionnaire du français acadien, Yves Cormier, Éditions Fides, 1999,

ISBN 2-7621-2166-3
ou
Le Glossaire acadien de Pierre M. Gérin

ISBN : 2-7600-0245-4

Source texte, définitions et images : Dictionnaire du français acadien, Yves Cormier, Éditions Fides, 1999, ISBN 2-7621-2166-3
Source texte : L'Acadie de l'Atlantique, par Maurice Basque, Nicole Barrieau et Stéphanie Côté, Centre d'études acadiennes, 1999, ISBN 0-919691-87-0
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Messagepar Réjean Auger » 2006-09-12, 09:42

Le français acadien (dialecte) - deuxième partie


[ première partie ] [deuxième partie ]

Données historiques

Les acadianismes répertoriés tirent leur origine de trois principales sources : les parlers gallo-romans (comprenant les parlers de France et le parler de l'Île-de-France), la langue anglaise et les langues amérindiennes (notamment le micmac). Sur l'ensemble des emplois traités, 90 % semblent découler des parlers gallo-romans (dont 50 % ont été relevés dans les dictionnaires français ou les parlers régionaux), 6 % à l'anglais et 3 % aux langues amérindiennes ; 1 % des mots sont d'origine inconnue ou obscure.

Les acadianismes d'origine française constituent donc la partie la plus importante du lexique acadien étudié. Pour ces mots dont l'origine a pu être bien délimitée, nous pouvons attester que 55 % d'entre eux sont hérités des parlers régionaux de France (dialectalismes) et que 45 % d'entre eux sont plutôt tirés du français général de l'époque (archaïsmes). Parmi les mots consignés dans les dictionnaires français, quelques-uns présentent des attestations plus anciennes en Acadie qu'en France (ex.: décolleur, piqueur, vigneau). Pour les mots dont les origines françaises sont incertaines, plusieurs d'entre eux semblent pouvoir se rattacher à la langue française en présentant soit une extension de sens d'un mot déjà consigné (acadianisme sémantique) ou encore en étant un dérivé d'un mot français (acadianisme formel).

La consultation de nombreux ouvrages traitant des régionalismes en France nous permet de rapprocher les acadianismes de leurs régions d'origine : l'Ouest atteste presque la moitié des acadianismes relevés. Viennent ensuite le Nord-Ouest qui en compte entre 15 et 20 %, le Centre avec moins de 10 %, et le Nord et l'Est avec moins de 5 %. Ces pourcentages sont éloquents : plus de la moitié des acadianismes hérités des parlers de France peuvent être retrouvés dans l’Ouest, d'où sont partis les premiers colons français venus peupler l'Acadie. Ces données viennent en outre appuyer les travaux de Massignon à ce sujet. Enfin, il est intéressant de noter les nombreux cas d'attestations d'acadianismes dans les parlers de Bourgogne, pourtant une région assez éloignée de l'Ouest.

Quant à ce que l'on appelle traditionnellement des « archaïsmes », ce sont des emplois qui faisaient partie de la langue générale au moment de la colonisation et qui, depuis, sont sortis de l’usage en France, alors qu'ils continuent d'être employés en Acadie. On trouve généralement ces emplois sans marque dans les dictionnaires généraux des 17e, 18e ou 19e siècles, mais ils ne sont plus attestés dans les dictionnaires contemporains ou y sont présentés avec les marques « vieux », « vieilli » ou « archaïque ». Le faible pourcentage d'archaïsmes relevés dans les emplois d'origine galloromane (23 %) remet en cause la croyance populaire qui veut qu'une bonne partie, voire la majorité du lexique acadien, soit issue de l'ancien ou du moyen français. Il est intéressant de constater que beaucoup de ces emplois continuent de vivre non seulement en Acadie, mais dans les parlers régionaux de France (marqué vieux ou régional dans les dictionnaires) (par ex. : haim ou platin ).

Plusieurs des archaïsmes relevés ont eu une longue vie en français et ne sont tombés dans l'oubli qu'au cours du dernier siècle. Nous pensons à des mots comme espérer, au sens d'« attendre », attesté depuis le 12e siècle jusqu'en 1870 ; baillarge, relevé au début du 15e siècle et qui n'a pris la marque « régional » qu'à partir de 1900. Certains archaïsmes sont tombés après avoir été en concurrence avec un synonyme pendant un certain temps. Ainsi en est-il de bailler qui, relevé au 12e siècle par Godefroy, attesté ensuite au 16e siècle chez Dupuys, a perdu de sa popularité au profit de donner dès la fin du 17e siècle. Aviser a subi le même sort : attesté chez Dupuys au 16e siècle, il est considéré d'usage « bas » dès la fin du 17e siècle, pour être finalement remplacé par apercevoir ; aviser est toutefois demeuré très vivant dans les parlers régionaux. Mitan, relevé au 12e siècle par Godefroy, a perdu ses lettres de noblesse en français dès le 17e siècle devant milieu, mais demeure également très répandu dans les parlers régionaux. On peut encore citer le verbe hucher qui a cédé le pas devant crier depuis le 17e siècle, mais qui reste toujours très usuel en région.

D'autres acadianismes hérités de France ont été consignés parce qu'ils ont aujourd'hui, en France, la marque « littéraire » alors qu'ils sont d'usage courant en Acadie. C'est le cas par exemple de déconforter, bénaise ou serein .
Dans la catégorie de mots tirés du domaine gallo-roman, certaines recherches linguistiques indiquent en outre des rapports avec le vocabulaire maritime. Nos données semblent confirmer cette hypothèse : certains termes ont gardé le sens maritime, en devenant tout simplement un terme d'usage général (ex.: noroît, fayot), tandis que d'autres termes ont évolué sémantiquement pour davantage représenter une réalité qui n'avait plus nécessairement de rapport avec la vie des marins (ex.: amarre, paré, débarquer, abrier et balise).

Enfin, à partir de mots hérités de France, les Acadiens ont souvent innové. Ainsi par exemple, pilot, en référence à la culture du sel dans l'Ouest de la France, a été repris dans un sens beaucoup plus large en Acadie. Outre des extensions de sens à partir de termes maritimes, on trouve également de nombreuses innovations sémantiques pour rendre compte des réalités géographiques, naturelles, culturelles et sociales du Nouveau Monde (par ex.: violon ; passe-pierre ; marionnettes et lances).

L'apport des anglicismes dans le français acadien n'est pas un phénomène nouveau. Ces emprunts ont été repris directement de l'anglais (ex.: feed , berry) ou ont été intégrés en français après une adaptation formelle et phonétique (ex. :buckwheat bocouite ; to bail béler). D'autres ont fait l'objet d'une traduction (ex. : trial assaye).

Quant à l'apport amérindien, malgré l'importance des Amérindiens dans la survie et le développement de la communauté française en Acadie au début de la colonisation, peu d'amérindianismes ont été intégrés au français acadien. En raison du fait que les systèmes linguistiques en présence (français et le plus souvent micmac) n'avaient absolument rien en commun, les emprunts ont fait l'objet de transformations qui rendent parfois difficiles la recherche de l'origine amérindienne (par ex. : neskawe escaouette; kwemoo couimou) ; l'exemple de maskwe qui a donné de nombreuses variantes (machcoui, maskoui, machecoui, machekoui, mashcoui, mashquoui) montre bien la difficulté pour les Français de comprendre la langue amérindienne.

Enfin, un pourcentage non négligeable d'acadianismes sont d'origine vague ou inconnue. Ce « purgatoire » comprend quelquefois des termes servant à identifier les réalités géographiques, naturelles, culturelles et sociales du Nouveau Monde, et semble constituer des innovations formelles ou sémantiques acadiennes (ex.: bûcherie, passe-pierre).

Dans un dernier temps, il faut signaler l'importance de la répartition géolinguistique dans l'étude historique. Des données, comme l'attestation de certains acadianismes dans les aires des îles Saint-Pierre et Miquelon et en Louisiane, ont souvent apporté un éclairage essentiel à la compréhension de certains faits linguistiques, notamment en permettant de mieux dater ces faits. Ainsi, un exemple intéressant à ce sujet est le mot poutine, que certains auteurs ont rattaché à la forme anglaise pudding; cette hypothèse peut être plausible en considérant qu'il s'agit ici de deux plats de cuisine. La forme poutine est cependant attestée en Louisiane, ce qui suppose qu'elle fut courante durant et peut-être avant le 18e siècle ; cette présence à l'époque de la dispersion jette alors un doute sérieux sur ses origines anglaises, puisque les emprunts à l'anglais étaient alors quasi inexistants.


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Messagepar Réjean Auger » 2006-09-12, 10:12

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Le parlanjhe de Poetou-Chérentes-Vendàie

La langue poitevine-saintongeaise

(Texte diffusé par l'association Arantèle)



Voure ét o que le se parle ? / Où la parle-t-on ?



En Vendée, ancien Bas-Poitou, dans les Deux-sèvres, la Vienne, la Charente-Maritime, la Charente, le nord de la gironde. Les parlers des Mauges (49), du Pays de Retz (44) gardent de nombreux traits poitevins. Une grande partie du vocabulaire des parlers populaires d'Acadie au Canada est d'origine poitevine-saintongeaise (émigration du XVIIe siècle).



De voure ét o que devaet çhau parlanjhe ? / D'où vient cette langue ?



Comme les autres langues romanes de la Gaule, elle s'est formée à partir du latin, langue des colonisateurs romains, que "déformèrent" les Pictons et les Santons, peuples celtiques à l'origine des Poitevins et des Saintongeais. A cela s'ajouta l'influence des migrants germaniques (les Francs). C'est une langue d'oïl comme le français ou le normand, mais elle comporte de nombreux traits communs avec la langue d'oc ou occitan.

Le phrase i o di, çheù (je le dis, cela) comporte le pronom sujet i (je), évolution du latin ego, le pronom neutre o du latin hoc, commun avec l'occitan, la forme verbale di (dis) commune avec le français, çheù (dela), pronom démonstratif neutre dont le son noté çh est étranger au français. (Au sud du domaine, jhe a remplacé i.)

En 1204, meurt Aliénor, comtesse du Poitou, duchesse d'Aquitaine, et les troupes du roi des Francs, Philippe-Auguste, entrent à Poitiers. Jusqu'à cette date, l'État féodal poitevin fut tourné vers le sud, la civilisation des troubadours... et de la tuile romaine ! Ensuite le Poitou subit l'influence du nord et du français, langue des rois et du pouvoir central.



O s'écrit o, çhau parlanjhe ? / Cette langue s'écrit-elle ?



Elle s'écrit au moins depuis 1250 (Sermons poitevins). Le premier livre imprimé date de 1554 avec la Létre de Tenot a Piarot. Aujourd'hui Geste Éditions, crée par l'Union Pour la Culture Populaire en Poitou-Charente-Vendée (U.P.C.P.), édite et diffuse, dans sa collection Parlanjhe, de nombreux ouvrages d'auteurs anciens ou contemporains. Une grammaire (1993) et un dictionnaire (1996) ont été publié.



Prquàe / Prdéque ét o qu'o se dit içhi chapia, é pi lae chapè ? Ét o bé le ménme parlanjhe ? Pourquoi dit-on ici chapia et là chapè ? Est-ce bien la même langue ?



Les textes du XIIIe au XVIIIe siècle portent tous la finale -ea (latin -ellu, français -eau). Chapè s'explique par la chute du second élément de la diphtongue ea, chapia par la réduction du premier, de è à i. Mais on dit encore chapèa, coutèa dans le Marais de Challans (85), comme dans le Mirebalais (86). La langue poitevine-saintongeaise n'a pas été fixée par l'École et l'Académie comme le français. Les variantes orales sont nombreuses. Le système d'ortographe mis au point par l'U.P.C.P. cherche à représenter par un même groupe de lettres plusieurs prononciations locales : chapea représentera donc chapèa, chapè, chapia, chapua.



O s'aprent o, çhau parlanjhe ? / Peut-on apprendre cette langue ?



Il existe des épreuves facultatives pour les concours d'entrée aux IUFM des Académies de Poitiers et de Tours. Des enseignements à l'Université de Poitiers et à l'IUFM de Niort. Nombreuses initiatives dans les lycées, collèges, écoles. Les associations demandent depuis 1982 l'organisation d'un enseignement dans le second degré et l'ouverture d'une épreuve facultative au baccalauréat. La région Poitou-Charentes a adressé en 1998 une grammaire, un dictionnaire, deux anthologies, une K7 de poèmes à chacun des lycées de l'Académie de Poitiers. Plusieurs associations proposent des cours du soir.

Le poitevin-saintongeais figure parmi les langues de France retenues pour une éventuelle application des mesures préconisées par la Charte européenne des langues régionales. Le gouvernement français a signé cette charte. Mais le Conseil constitutionnel la considère anticonstitutionnelle ! L'État-nation français, modèle de centralisme politique et culturel, a du mal à reconnaître la diversité culturelle sur son territoire.





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Histoire

La langue poitevine, hier et aujourd'hui

Conférence donné à La Roche-sur-Yon le 1er mars 1984

par Pierre GAUTHIER

professeur à l'université de Nantes



(...)

Rappelons avec les historiens qu'il y a eu un état poitevin du IXe au XIIIe siècle, qu'une langue s'y est constituée, développée, qu'elle a été écrite dès l'origine et a servi aussi bien à rédiger des actes officiels ou privés qu'à composer des oeuvres littéraires de caractère divers, qu'elle a continué à vivre, malgré le triomphe du français au XVIe siècle comme langue officielle et littéraire, et que ce que l'on nomme péjorativement un patois, loin d'être une forme dégradée de l'idiome national possède une norme aussi contraignante que celle du bon français.



PATOIS

Avant de développer les différents points que je viens d'annoncer, je voudrais apporter quelques précisions terminologiques. On m'accordera volontiers que la définition que donnait Marouzeau du terme "patois" montre bien que celui-ci n'a rien de scientifique et contient un jugement inacceptable ; je cite : "parler local employé par une population de civilisation inférieure à celle que représente la langue commune environnante, d'où l'acceptation légèrement péjorative que prend le mot dans l'usage courant".

Je pense que chacun appréciera la formule "population de civilisation inférieure" ; mais hélas c'était déjà l'opinion de ceux-même qui ont créé ce mot, puisque selon Bloch et Wartburg, auteurs du Dictionnaire étymologique de la langue française : "le radical (de ce mot qui apparaît pour la première fois en 1285) exprime la grossièreté des gens qui parlent ce langage", ils auraient "de grosses pattes".



DIALECTE

Aussi bien les linguistes n'emploient-ils plus ce terme et lui préfèrent-ils ceux de "parler" ou de "dialecte", mais hésitent bien souvent à employer celui de langue. C'est là encore établir une hiérarchie entre la langue, au sens vrai du terme, comprenez le français officiel enseigné à l'école, et des codes de communication qui ne seraient que des variétés locales de l'idiome national. De fait, la communauté humaine qui emploie le parler local ou le dialecte est moins nombreuse que la communauté nationale. Mais en se servant exclusivement du terme "parler" (exemple la thèse de P. Rezeau Le Parler rural de Vouvant) ou de "parlers" au pluriel (exemple F. de la Chaussée Les parlers du Centre-Ouest de la Vendée), les chercheurs mettent l'accent sur ce qui distingue ce parler ou ces parlers de ceux qui les entourent.

En fait, ces parlers locaux ont entre eux infiniment plus de points communs que de divergences. Martinet l'a bien souligné en disant : "Les linguistes doivent dorénavant se montrer pleinement conscients de ce fait que la divergence est seulement la moitié du tableau complet de l'évolution linguistique, l'autre moitié étant la convergence". Allons plus loin, le terme de dialecte, s'il transcende les différences locales pour mettre en évidence les points communs, ne fait que souligner l'usage forcément limité que l'on fait de ce code de communication, en raison de nos convictions jacobines : nous verrons que nos ancêtres du Moyen-Age ne voyaient pas dans cet usage un obstacle à la communication et alors le pluralisme linguistique n'empêchait pas le développement d'une riche littérature, non plus aujourd'hui d'ailleurs dans de nombreux états modernes.



LANGUE D'OIL

Certes il y a une famille linguistique baptisée langue d'oïl (ou d'oui pour être moderne) mais il n'y a pas plus de parenté entre le poitevin et le français qu'entre le gascon et l'espagnol, comme l'a montré l'abbé Lalanne dans son article "La limite nord du gascon".

Chacun sait que l'état premier d'une langue est la diversité et que seule une volonté politique peut imposer l'uniformité. Une telle volonté avait triomphé une première fois en Occident quand les Romains imposèrent le latin aux peuples de leur empire. Mais après que celui-ci se fut écroulé sous la pression des invasions barbares au Ve siècle, la belle unité linguistique disparut dans les siècles qui suivirent et au cours desquels s'élaborèrent les différentes langues romanes. La langue poitevine allait tout naturellement apparaître dans les limites du Poitou féodal en même temps que les autres langues de notre pays.



LE POITOU FÉODAL

Ce Poitou féodal émergea au IXe siècle des ruines de l'empire carolingien dont il avait été un comté, constitué à partir du diocèse de Poitiers, lui-même héritier de la cité gallo-romaine des Pictaves et de la tribu gauloise des Pictons.

Le fondateur de la dynastie poitevine fut Ramnoulf (ou Renou) Ier (839-866), à l'origine simple fonctionnaire de Charles-le-Chauve mais vainqueur des Normands à la tête du Comté du Poitou. Il réussit à transmettre son titre à l'un de ses fils, Ramnoulf II, lequel profitant de la crise ouverte par la déposition de Charles-le-Gros (888) se proclama Duc des Aquitains.

Désormais les Comtes-Ducs, successeurs de Ramnoulf, disposèrent à l'instar des Ducs de Normandie et de Bourgogne d'un pouvoir tout royal qui faisait d'eux les égaux de celui qui n'était que Duc de France. Mais leur territoire fut successivement amputé au Nord-Ouest du Pays de Retz, conquis en 843-844 par Nominoë, Roi des Bretons, révolté contre Charles-le-Chauve, puis un siècle plus tard du Pays des Mauges et de Tiffauges, concédés en 982 aux Angevins et à leur Comte Foulque Nerra.

Par contre, Ebles Manzer, fils de Ramnoulf II ajouta l'Aunis et le Limousin au Poitou et à la Saintonge et Guillaume-le-Grand se proclama Duc d'Aquitaine, à la fin du Xe siècle en étendant son autorité à l'Auvergne et au Velay, au Gévaudan, au Bas-Berry et au Périgord.



LA LANGUE

Ce recul au Nord, cette poussée au Midi, expliquent assez bien la situation linguistique ultérieure du Poitou : d'une part sur ses marches du Nord nous trouverons au Pays de Retz, dans les Mauges et dans le Loudunais, des parlers intermédiaires entre le poitevin et ses voisins (le gallo, l'angevin et le tourangeau), d'autre part le poitevin lui-même conservera jusqu'à l'époque moderne des traits occitans. Cette hésitation entre le Nord et le Midi se manifestera aussi dans le choix de la langue limousine par le septième Comte du Poitou, Guillaume-le-Troubadour pour écrire ses fameuses chansons au début du XIIe siècle : les meilleurs spécialistes, A. Jean-Roy, éditeur moderne des chansons, et J. Pignon, qui fut professeur à l'Université de Poitiers (auteur de l'Évolution phonétique des Parlers du Poitou, ouvrage fondamental pour la connaissance de notre langue) se demandent sans pouvoir y répondre avec certitude si Guillaume IX (VIIe Comte) a employé le limousin comme une langue littéraire apprise, ou si à partir de Poitiers vers de Sud, on ne parlait pas alors une langue très proche du limousin.

Si plus tard les deux parlers devaient diverger, la cour ducale de Poitiers continuera à être aux XIIe et XIIIe siècles sous une influence méridionale dominante, Aliénor d'Aquitaine y accueillera plusieurs troubadours, et Savary de Mauléon, sénéchal du Poitou, qui mourut vers 1230, fut lui aussi un poète de langue occitane.

L'existence de parlers de type occitan, ou tout au moins de type intermédiaire, comme les actuels parlers marchois et franco-provençaux, est confirmée par de nombreux noms de lieux du Sud de la Saintonge et du Poitou, au contact de la Gascogne, du Périgord et du Limousin. H. Malet a été le premier en 1940 à tracer à travers la Charente et la Charente-Maritime la ligne de démarcation entre les toponymes en -ac, de caractère occitan, et les tiponymes en -ay, -é (ou -y) de type septentrional, provenant des noms de villas gallo-romaine en -acum : d'un côté des noms comme Cognac, Jarnac ou Jonzac, de l'autre des noms comme beurlay, Plassay ou Tonnay-charente. Or cette ligne se situe 60 à 70 kms plus au Nord que la limite actuelle entre le saintongeais et le gascon ; de même dans le Sud des Deux-Sèvres (région de Melle) et dans le Sud et l'Est de la Vienne (régions de Civray, Montmorillon et Chauvigny) des toponymes en -ac et en -ade indiquent une ancienne présence occitane 30 à 40 kms au Nord de la limite actuelle entre le poitevin et le limousin, comme l'a montré O. Herbert dans son diplôme Les noms de lieux de la Vienne à la limite des domaines français et provençal. J. Pignon estime que l'on a usé d'un parler de type occitan dans le Sud-Est du Poitou jusqu'à la fin du XIIe siècle et que c'est l'influence de Poitiers qui a fait peu à peu triompher les formes septentrionales sans éliminer totalement tous les traits occitans.

Pour le Sud de la Saintonge, le clivage beaucoup plus brutal entre saintongeais et gascon a fait penser plutôt à une cause accidentelle, qu'à la suite de bien d'autres historiens l'abbé Th. Lalanne trouve dans les dévastations de la guerre de Cent Ans : on se rappellera que le Poitou a été très étroitement impliqué dans des luttes qui d'ailleurs avaient commencé près de trois siècles plus tôt. En 1152, Aliénor d'Aquitaine, fille du dernier Comte-Duc divorçait d'avec Louis VII Roi de France qu'elle avait épousé en 1137 pour se remarier deux ans plus tard avec Henri Plantagenet, Comte d'Anjou, qui devint bientôt Roi d'Angleterre. On sait les luttes qui s'ensuivirent et qui trouvèrent provisoirement leur conclusion dans le rattachement du Poitou à la couronne de France sous la forme d'apanage confié à Alphonse, frère de Louis IX, qu'on appellera justement Alphonse de Poitiers. C'est une étape importante dans l'histoire de la langue puisque le français devient alors la langue de la chancellerie, sans que pour autant le poitevin soit éliminé de la rédaction des actes d'intérêt local : M.S. La Du a publié deux volumes de chartes en langue vulgaire du XIIIe siècle dont un grand nombre sont marqués de poitevinismes.

Après la mort de saint Louis, la guerre reprit de plus belle, Poitiers devient un temps la capitale de la France sous Charles VII et la Saintonge devient un des champs de bataille en raison de sa proximité avec la Guyenne tenue par les Anglais ; à ces ravages s'ajoutèrent ceux d'épidémies de pestes répétées et après la fin de la guerre marquée par la défaite des Anglais à Castillon de Gironde en 1453, il fallut faire appel à des Poitevins même des gens d'outre Loire pour repeupler la région : ainsi s'explique semble-t-il l'absence de tout parler intermédiaire entre langue d'oïl et langue d'oc en Saintonge.



Limite entre langue d'oïl et langue d'oc à la fin du Moyen Âge





LA LITTÉRATURE



Durant le Moyen Âge s'était développé dans le domaine poitevin-saintongeais toute une littérature qui, après la période occitane du XIIe siècle marquée, nous l'avons dit, principalement par les chansons de Guillaume-Le-Troubadour, usait d'une langue se rattachant nettement à la famille d'oïl et où nous retrouvons de nombreuses caractéristiques du poitevin moderne. On y trouve des pièces de caractère religieux comme le Drame liturgique des Vierges Sages et des Vierges Folles (XIe s.), La Passion Sainte Catherine (début du XIVe s.), des chansons de geste comme Girard de Roussillon (milieu du XIIIe s.), le Roman d'Alexandre (première moitié du XIIIe s.) écrite en vers de 12 pieds qu'on appellera plus tard alexandrins. À la même époque apparaît une traduction poitevine des Sermons de Maurice de Sully. Celui-ci, évêque de Paris, constructeur de Notre-Dame, mort en 1190, avait laissé des homélies qui eurent un succès extraordinaire et que l'on traduisit en différents dialectes. Ce qui prouve que la langue de prédication était bien alors le poitevin.

Pour la Saintonge, outre le Coutumier d'Oleron du XIVe s., il faut retenir une version saintongeaise de la Chronique de Turpin (fin XIIe) relatant les exploits légendaires de Charlemagne dans les environs de Bordeaux et de Saintes et une autre chronique du même auteur anonyme intitulée Tote l'histoire de France.



Si le XVIe siècle voit le triomphe définitif du français comme langue officielle, consacré par l'édit de Villers-Cotteret pris en 1539 par François 1er, le poitevin ne cessa pas d'être écrit et d'être le moyen d'expression d'une littérature qui ne saurait être comparée à la littérature française mais ne se limite pas au domaine des seuls genres populaires.

Certes, les célèbres Noëls poitevins, dont les cinq plus anciens remontent au XVIe s. appartiennent bien à la veine populaire : écrits par des clercs, ils sont destinés à l'animation liturgique des nuits de Noël et les auteurs plaisantent un peu sur ce choix linguistique qui pourrait faire sourire certains :

Ol y at daux bons railloux

Qui se moquent de nos maux

Se nous sommes Poitevins

O n'en vait de ren plus mau

Et Nau, Nau, Nau

M'arme, les mots sont divins

Et pour rire ol est plus beau

Nau, Nau, Nau.



Mais les bourgeois humanistes de Poitiers n'hésitèrent pas aux XVIe et XVIIe siècles à choisir le poitevin pour écrire des pièces satiriques, bucoliques ou de circonstance qui seront réunies dans le recueil collectif paru en 1572 sous le titre Gente Poitevinrie, ce qui veut dire "agréable recueil en poitevin" ; son titre précise "composie en bea poitevin". J. Pignon estime que les auteurs, des lettrés, dont nous ne connaissons qu'un seul sous son nom, le juriste Jean Boiceau, écrivent ainsi par simple jeu philologique pour se divertir, comme pourrait le laisser croire un autre sous-titre, celui du célèbre Menelogue de Robin :

Le quo a predu son precez

Trinlaty de Gric in Francez

E de Francez in bea Latin

E peux d'iquez in Poectevin



Cependant, ils ne se contentent pas de faire rire aux dépens de paysans naïfs soutenant des procès comiques à propos d'un sabot cassé ou de faire rougir les dames par des histoires de bergères lestement troussées par des bergers de convention, mais ils abordent aussi des sujets plus graves, comme la peinture des misères du temps, celui des guerres de religion, à la manière de Ronsard, ou la relation du siège mis vainement devant Poitiers par les Huguenots de l'amiral de Coligny en 1569. Ces pièces pouvaient être lues par un large public aussi bien populaire que cultivé et elles eurent un succès durable puisqu'elles furent réimprimées pendant près d'un siècle, en 1605, 1620, 1646, 1660, cependant que le recueil fut augmenté d'une deuxième partie : le Rolea divisi en beacot de peces.
Réjean Auger
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