Légendes Indienne

Légendes Indienne

Messagepar franbicha » 2007-11-15, 14:29

L'aigle et la linotte

Un jour, les oiseaux se réunirent afin de désigner celui d'entre eux qui volait le plus haut. Le concours commença. Certains s'élevèrent très vite mais furent aussi vite épuisés par leur effort et dépassés par d'autres plus puissants qu'eux. Puis vint l'aigle, et il les surpassa tous. Il allait fièrement proclamer partout sa victoire lorsque, quittant le dos du rapace, le minuscule oiseau qui s'y était jusque-là caché, une linotte grise, prit à son tour son essor, sans que nul n'ait deviné le subterfuge, et parvint sans peine beaucoup plus haut! Quand l'assemblée tint son conseil pour rendre sa sentence, elle s'accorda pour attribuer la victoire à l'aigle. En effet, il était, d'entre tous, celui qui s'était le plus rapproché du soleil et le seul, de surcroît, à avoir réussi cet exploit en portant sur son dos la linotte... Nul, à compter de ce jour, ne douta que l'aigle était à la fois le plus courageux et le plus fort des guerriers. C'est pourquoi ses plumes sont le signe le plus respectable qu'un chef valeureux puisse s'enorgueillir de porter.
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Le faucon et la tortue

Messagepar franbicha » 2007-11-15, 14:30

Le faucon et la tortue

Un jour, le faucon défia la tortue à la course et la tortue répondit qu'elle n'accepterait qu'à condition que l'épreuve dure au moins quelques jours. Après avoir réfléchi, l'oiseau se soumit à son exigence et ils prirent le départ, l'une trottinant, l'autre virevoltant à loisir, persuadé qu'il n'aurait aucune peine à arriver le premier. Insensible au mépris qu'affichait la rapace, la tortue s'enterra lentement et, invisible à l'oeil exercé de son concurrent, se fraya le chemin suivant une ligne droite en direction du but, sans jamais arrêter un seul instant. Le faucon, sûr de lui et insouciant vola à sa guise, s'arrêtant ici et là, au gré de sa fantaisie, en visitant parents et amis qu'il savait établis dans les parages, faisant sa cour à quelque aimable oiselle rencontrée au hasard de ses haltes. Il fit tant de détours et se reposa si souvent que, lorsqu'il parvint en vue du but, ce fut pour voir la tortue, sortant enfin de la galerie souterraine qu'elle avait inlassablement creusé, gagner la course qu'il avait cru remporter sans conteste... et sans effort.
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La fille aux cheveux d'or ou la légende de l'été indien

Messagepar franbicha » 2007-11-15, 14:31

La fille aux cheveux d'or ou la légende de l'été indien.

Mudjekewis avait neuf frères et ensemble, ils vainquirent l'ours géant. Aussi reçurent-ils en présent la ceinture sacrée qui contient de quoi vivre heureux sa vie durant. Le mérite de cet exploit, chacun le savait, revenait à Mudjekewis, le plus jeune des 10 garçons, et ce fut à lui qu'échut le pouvoir de gouverner les vents d'Ouest. On l'appela dès lors Kabeyun, père des airs, et il entreprit de distribuer une part de sa puissance à chacun de ses fils. A Wabun, il donna l'Est; à Shawondasee, le Sud, et à Kabiboonoka, le Nord. Seul Manabozho n'eut rien de cet héritage, car sa naissance avait été illégitime. C'est pourquoi, plus tard, blessé par cette injustice, il partit en guerre contre son père jusqu'à ce que celui-ci, accédant sa requête, consente à lui céder une part de la souverraineté de Kabiboonoka, en lui abandonnant le privilège de règner sur les vents du Nord-Ouest. Shawondasee, maître du Sud, révéla très jeune son indolence. C'était, bien avant l'âge, un vieillard poussif peu enclin à voyager, les yeux mi-clos toujours fixés droit devant lui. Souvent il soupirait lorsque venait l'automne, dispensant généreusement cet air doux qui gagne alors tout le Nord du pays. Mais un jour, il aperçut au loin, courant gracieusement à travers les plaines du Nord, une jeune fille aux cheveux d'or. Elle était très belle et il en tomba aussitôt amoureux. Ses boucles surtout, blondes comme le blé mûr, avaient conquis son coeur. Cependant sa paresse naturelle l'emporta sur sa passion et, à l'aube du matin, il la surprit envelopée d'une nuée blanche comme neige. Il en conçut aussitôt une vive jalousie, persuadé que son frère Kabiboonoka s'était mis en tête de la lui ravir en lui offrant l'une de ses écharpes immaculées dont les vents du Nord ont coutume de se parer aux approches de l'hiver. Pour briser le sortilège de son rival, Shawondasee, haletant, souffla comme il put et, le ciel fut envahi de fils d'argent. Mais lorsque ceux-ci se dissipèrent, la belle avait disparu et, avec elle les mille graines finement ailées qui couronnent les fleurs du pissenlit de la prairie! Il est un âge pour tout, dit le sage, et Shawondasee avait eu le tort de se croire assez jeune pour être aimé de la fille aux cheveux d'or. En la poursuivant de ses soupirs alanguis, il n'avait fait que précipiter sa fuite. Depuis, croyant chaque automne revoir l'objet de sa flamme courir dans les prés comme au premier jour, le vieillard continue de haleter doucement au souvenir d'un bonheur inaccessible, gratifiant les terres du Nord, à la veille de l'hiver, de cette saison à nulle part pareille et que les hommes blancs appellent l'été indien.




http://zaglindien.free.fr/legendes.htm
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Origine des sucres

Messagepar franbicha » 2007-11-15, 14:50

Origine des sucres

Bien avant l'arrivée des colons européens en Amérique du Nord, les tribus amérindiennes de l'est du Canada et du nord-est des États-Unis auraient découvert comment recueillir la sève des érables et la transformer en sirop.


Certains racontent que les chiens des Amérindiens, par leur comportement, auraient mis la puce à l'oreille de leurs maîtres: une branche s'était cassée et les chiens se bousculaient tout autour pour lécher la sève qui coulait, et c'est ainsi que les Amérindiens eurent l'idée d'y goûter.

Une autre version indique qu'un petit écureuil grimpa le long d'un tronc d'arbre et mordit une branche... et se mit à boire. Un Amérindien au bas de l'arbre le regardait et se demandait pourquoi, puisqu'une source d'eau fraîche coulait tout près. Il imita l'écureuil en faisant une fente de son couteau... quelle surprise! Jusqu'alors, sa tribu ne trouvait du sucre que dans les fruits sauvages. Et voilà un arbre qui pleure du sucre en larmes de cristal. En plus, il venait de découvrir un remède contre le scorbut dont les siens souffraient souvent au printemps. Tout ça parce qu'il avait regardé et imité un écureuil se désaltérer avec la sève d'un érable...

Marie-Victorin, grand naturaliste et savant québécois, auteur illustre de la Flore laurentienne, affirme carrément que les Amérindiens apprirent de l'écureuil roux l'existence du sirop et de la tire d'érable. En effet, lorsque qu'une branche d'érable à sucre casse sous le poids du verglas, la blessure causée coule au printemps. De cette entaille naturelle, la sève suit toujours le même trajet, parfois même jusqu'au pied de l'arbre. Jour après jour, le chaud soleil printanier évapore l'eau et il ne reste finalement qu'une traînée de tire d'érable que les écureuils roux lèchent goulûment.
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Autant de tribus, autant de légendes amérindiennes ...

Messagepar franbicha » 2007-11-15, 14:53

Autant de tribus, autant de légendes amérindiennes ...

micmac

Par une journée de tôt printemps, alors que le vent était encore frisquet, une vieille femme Micmac alla ramasser la sève des érables et, comme elle goûte meilleure chaude, elle en mit dans un pot qu'elle plaça au-dessus de son feu de tepee. Fatiguée, elle alla s'étendre pour se reposer. Lorsqu'elle se réveilla, le soir était déjà là. Dans le pot, elle trouva un sirop doré, clair et sucré.

Algonquin

Le chef prit son tomahawk de l'érable dans lequel il l'avait enfoncé la veille. Comme le soleil montait dans le ciel, la sève se mit à couler. Sa femme la goûta et la trouva bonne. Elle s'en servit pour cuire la viande: ce qui lui évita d'aller à la source pour chercher de l'eau. Le goût sucré et l'odeur douce furent très appréciés par le chef. Il appela le sirop dans lequel avait bouilli la viande, Sinzibuckwud, mot algonquin qui veut dire "tiré des arbres".

Iroquois

Par un matin froid et piquant, il y a fort longtemps, un chef iroquois du nom de Woksis sortit de sa hutte. Puisqu'il devait aller à la chasse, il retira son tomahawk de l'érable dans lequel il l'avait plantée la veille au soir. Le tomahawk avait fait une profonde entaille dans l'arbre mais Woksis n'y fit pas attention. Il partit chasser.
Un récipient en écorce de bouleau était posé au pied de l'érable. Goutte à goutte, la sève qui ressemblait à de l'eau s'écoula de l'entaille faite dans le tronc de l'érable et remplit le récipient.
Le lendemain, la femme de Woksis remarqua que le récipient était plein. Pensant que la sève incolore était de l'eau, elle s'en servit pour faire un ragoût de gibier.
Le soir venu, au souper, Woksis sourit et dit à sa femme: "Ce ragoût est délicieux. Il a un goût sucré."
N'y comprenant rien, la femme trempa son doigt dans le ragoût qui avait mijoté tout l'après-midi. Woksis avait raison: le ragoût était sucré. On venait de découvrir le sirop d'érable!

Légende de Nokomis (La terre)

Nokomis, grand-mère de Manabush et héros de nombreuses légendes indiennes, aurait été la première à percer des trous dans le tronc des érables et à en recueillir la sève. Manabush, constatant que la sève est un sirop prêt à manger, dit à sa grand-mère Nokomis: "Grand-mère, il n'est pas bon que les arbres produisent du sucre aussi facilement. Si les hommes peuvent ainsi sans effort recueillir du sucre, ils ne tarderont pas à devenir paresseux. Il faut tâcher de les faire travailler. Avant qu'ils puissent déguster ce sirop exquis, il serait bon que les hommes soient obligés de fendre du bois, et de passer des nuits à surveiller la cuisson du sirop." Craignant que Nokomis ne l'écoute pas, Manabush grimpa au haut d'un érable avec un vaisseau rempli d'eau et versa le contenu à l'intérieur de l'arbre. Le sucre se dissout et l'on dut travailler dur désormais pour se procurer du sirop.

Le dieu Nanabozho

Il y a bien longtemps, du sirop pur, comme celui dont on arrose ses crêpes, coulait des érables. Lorsque le dieu Nanabozho y goûta, il le trouva tellement bon qu'il se dit que les habitants de la Terre n'apprécieraient pas ce sirop s'ils pouvaient se le procurer aussi facilement. Nanabozho ajouta donc de l'eau à l'épais sirop fourni par l'arbre, tellement d'eau que le liquide finit par ressembler à de l'eau sucrée. Il dissimula ensuite cette sève au plus profond de l'arbre. Depuis ce temps-là, les hommes doivent travailler fort pour obtenir du sirop d'érable.

http://www.maheoo-reiki.com/perso-24717.htm
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Légendes Amérindiennes des Attikameks de la Mauricie.

Messagepar franbicha » 2007-11-16, 14:28

Légendes Amérindiennes des Attikameks de la Mauricie.

En 1933, sur le commandement de l'abbé Albert Tessier, Dollard Dubé entreprenait un voyage d'études dans le haut Saint-Maurice avec la collaboration de la puissante St-Maurice Forest Protective Association et de son président, M. L. Judson.

M. Philias Pagé, le gérant de la St-Maurice River Boom, et M. A. Swaffield, le directeur du poste de la compagnie de la Baie d' Hudson, apportèrent également un précieux concours à ce projet.
Dollard passa donc six semaines, en juillet et aout 1933, dans les trois postes amérindiens du territoire du Saint-Maurice; Manouan, Weymontachingue et Obidjuan.

Avec beaucoup de diplomatie et quelques cadeaux, il réussit à gagner la confiance des indigènes et à pénétrer dans une partie de leurs états d'âmes à travers les légendes conservées et racontées de père en fils et ignorées des blancs.

Le Père Guinard,o.m.i., missionnaire et la demoiselle Ursule Bordeleau, institutrice auprès des Amériendiens, usèrent de leur influence pour convaincre les autochtones de raconter ces récits qui sont une partie de leur patrimoine ancestral. L'aide de ces deux personnes fut essentiel à la traduction et à l'interprétation des histoires soigneusement recueillies par Dollard Dubé.

M. Dubé publia quelques unes de ces légendres en 1933, une centaine de fascicules numérotés à la main à l'imprimerie Saint-Joseph de Trois-Rivières. La plupart de ces exemplaires sont aujourd'hui disparus. Soixante ans plus tard, en 1993, à l'occasion de l'Année internationale des peuples autochtones, M. Roger Pozier utilise des documents et des notes recueillis par Dollard Dubé et nous offre une nouvelles écriture de ces contes oubliés. Cet héritage culturel savoureux fait partie du patrimoine légué par les premiers habitants des rives et forêts de la Saint-maurice.




Les cœurs pleins poils

Il y a de cela bien longtemps, les Méméhidehesious rôdaient par bandes dans tout le pays. Ils étaient méchants et cruels et ils s’attaquaient à tous ceux qu’ils rencontraient. Ils tuaient les hommes et les enfants et gardaient les femmes en captivité.
Les prisonnières devaient effectuer les besognes les plus dures et étaient sans cesse battues par ces loups puissants.

À l’occasion des fêtes barbares, les supplices des captives tenaient lieu de récréation à ces monstres. On ligotait les victimes à de solides poteaux disposés en cercle et on les enveloppait d’écorces de bouleau. Comme ces fêtes avaient toujours lieu durant la nuit, on allumait un grand feu au cercle.

Ensuite, chaque méchant pouvait torturer les prisonnières de toutes les manières qu’ils pouvaient imaginer. Les cris et les pleurs des malheureuses déclenchaient des rires effrayants.
Le chef des Méméhidehesiou, qui était le plus féroce de tous, interdisait que ces cruautés puissent causer la mort des victimes avant minuit afin que dure longtemps son plaisir. Minuit était l’heure du « kimichak chkoudé » ( la grande illumination) et on mettait alors le feu aux captives qui mouraient dans d’affreuses souffrances.

Les femmes et les enfants de ces monstres acharnés utilisaient les ossements des pauvres suppliciées pour se faire des bijoux, des ornements et des jouets. Les souffrances et la mort les amusaient beaucoup.

À cause de leurs cruautés, ces redoutables rôdeurs de la nuit étaient appelés partout « Cœurs pleins de poils. » Ils étaient craints de tous, et particulièrement des femmes dont il était la terreur.
En ce temps –là vivait au bord du lac Manouan, un homme connu sous le nom de Garné. Garné était un géant doué d’une force incroyable. Il pouvait déraciner un gros sapin d’une seule poussée. D’un seul coup de pied sur le sol, il faisait voler en l’air des pierres du fond de la rivière voisine à tel point qu’aucun canot ne pouvait plus passer à cet endroit

Garné vivait paisiblement avec sa femme et ses trois enfants. Comme sa famille avait très peur des « Cœurs pleins de poils » et que ceux-ci terrorisaient la région, Garné décida qu’il était temps de châtier ces monstres.

Il se rendit au village des «cœurs pleins de poils » et parla au vieux sorcier Timouchoume. Il lui dit d’avertir les sauvages de quitter la région et de libérer les prisonnières. Sinon, lui, Garné se chargerait de les éliminer tous. Pour montrer à Timouchoume qu’il ne blaguait pas, Garné souffla sur le gros érable du village qui en perdit toutes ses feuilles. Puis il entra chez- lui.

Quand Timouchoume raconta à son chef la visite de Garné et qu’il lui montra le gros érable sans feuilles, le chef éclata d’un rire sonore et fit une autre cruelle fête du «kimichak chkoudé » la nuit même.

Apprenant cela, Garné demanda à sa femme de lui confectionner 35 flèches car il avait remarqué que les «cœurs pleins de poils » étaient de ce nombre. Puis, il banda son arc et partit avant que le soleil soit levé.

Arrivé à la Manawâ qui mène au village il abattit d’un seul coup pied un très grand arbre qui tomba en travers du chemin. De ses bras puissants, il souleva les racines et cacha dans le trou. Puis, il attendit.

Les «cœurs pleins de poils » finirent par arriver et s’étonnèrent de voir ce grand arbre par terre. Il était debout hier et il n’avait pas eu de grand vent. L’un des hommes s’approcha pour regarder, mais la tête lui partit sur les épaules et alla se fixer sur un arbres une lieue plus loin, complètement traversée par une flèches.

Le chef des cruels s’avança à son tour et subit rapidement le même sort. Du coup, tous les hommes s’enfuirent dans la forêt en hurlant. Garné sortit de sa cachette, les poursuivit et les extermina tous l’un après les l’autre. Puis, il arriva au village et il tua leur femme et leurs enfants . Alors, il se dirigea à l’endroit ou se trouvaient les prisonnières leur rendit la liberté. Enfin, il mit le feu à tous les wigams et à toutes les possessions de «cœurs pleins de poils »

Garné n’épargna que le vieux Timouchoume afin qu’il serve de témoin et qu’il raconte tout aux autres Méméhidehesious qui voudraient revenir près d’ici. Et Garné s’en retourna vivre paisiblement avec sa femmes et ses enfants. On ne vit plus jamais des « Cœurs pleins de poils » dans la région. Ils craignent tellement Garné qu’il ne reviennent même pas aujourd’hui.
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Ours, le terrible

Messagepar franbicha » 2007-11-16, 16:27

Ours, le terrible


Ours n’était pas un habitant ordinaire de la forêt. C’était un homme très grand, puissant et craint de tous. Il mangeait comme vingt, était fort comme cent et quand il se mettait en colère, il était redoutable comme mille.

Il n’allait pas sur les eaux du lac Métabeskéga en jimone(petit canot) comme tous les autres, il manœuvrait seul le rabaska (grand canot pour plusieurs rakneur). On disait même qu’il lui suffisait de souffler de toute la force de ses poumons pour renverser complètement le sens du vent.

Ours, était d’autant plus craint qu’il était un « Cœurs pleins de poils », donc très cruel et très méchant. Ours était la terreur de tout le pays.

Un jour, il grimpa sur la plus haute montagne des alentours pour s’y construire une grande hutte faite de plusieurs épaisseurs de branches de sapin. Puis, il regarda tout autour et vit que son regard se portait jusqu’à trente lieurs de tous les côtés. Il décida donc que toutes ces terres feraient partie de son domaine et qu’il ne permettrait à personne de fouler son royaume.

Ours avisa donc tous les habitants de la forêt de ne plus se trouver dans ces parages. Les autres étaient fort mécontents de cette interdiction parce que c’était un vaste territoire et qu’ils avaient toujours vécu ici. Mais, Ours était tellement cruel et puissant que personne ne pouvait s’opposer à sa volonté.

Renard, Orignal et Aigle se réunirent donc en secret et tentèrent de trouver un moyen de retourner sur les terrains de chasse de leurs pères. Renard décida donc de faire le wabano. Il construisit une cabane et s’y enferma pour jongler et chercher une solution. Aigle et Orignal lui apportaient la nourriture et l’eau. Renard réfléchissait. Il fit ainsi le wabano tout un mois, au bout duquel lui vint une réponse.

Les trois compères allèrent trouver Belette, qui était une femme toute blanche et toute petite affublée d’un très grand défaut de fouineuse et de curieuse. Belette fut chargée de s’introduire en secret chez le terrifiant Ours afin d’observer tout ce qu’il ferait durant un an entier. Belette s’étira le cou, accepta et partit aussitôt pour tout connaître du « Cœurs pleins de poils » malfaisant.

Au bout d’un an, à la même date et au même endroit, Belette revint faire rapport à ses trois amis. Ours ne dormait ni jour ni nuit, il surveillait sans cesse son territoire de son œil perçant et battait cruellement tous ceux qu’il trouvait. Il habitait une hutte fermée, toute faite de branches de sapin et où le soleil ne pénétrait même pas. L’hiver, quand le froid et la neige rendaient la forêt difficile d’accès, alors, Ours se couchait et dormait très longtemps d’un sommeil profond.

Orignal propose d’attaquer Ours pendant son sommeil. Tous ensemble, ils pouvaient espérer tuer leur ennemi. Mais, Renard pensa que, si Ours s’éveillait, il pouvait très facilement les tuer tous les quatre après leur avoir fait subir de nombreux supplices pour les punir de leur témérité.


Ce fut donc au tour de Belette, qui connaissait le mieux le malin, de s’enfermer pour faire le wabano afin de trouver un moyen de débarrasser le pays. Elle se cloîtra trois longues semaines à jongler. Renard, Orignal et Aigle lui apportaient eau et nourriture. Enfin arriva la révélation.

Il fallut ensuite attendre le retour de l’hiver pour que le sommeil s’empare du « Cœurs pleins de poils ». Ils allumèrent un feu et Aigle fut chargé de prendre un tison pour aller enflammer la hutte de sapin dans laquelle Ours dormait.

Quand les flammes brillantes et la fumée épaisse envahirent sa hutte, Ours se réveilla péniblement. Il était prisonnier , il allait mourir. Les quatre amis regardaient l’incendie et attendaient anxieusement de savoir si le vilain périrait.

C’est alors qu’ils virent un gros animal noir sortir du brasier et se sauver dans les bois en poussant un hurlement épouvantable. Pour se tirer d’affaire, Ours avait dû se transformer en animal. Tous les poils de son cœur, qui faisaient sa force, avaient alors poussé à l’extérieur de sa peau et il était devenu tout noir à cause de la suie.

Dorénavant, Ours n’aurait plus jamais cette force si extraordinaire, ni cet appétit si vorace, et cela lui ferait le plus grand bien. Il est demeuré un puissant seigneur des forêt qu’il parcourt encore sur de grand territoires. Il a conservé cette habitude d’attendre l’hiver et de s’endormir profondément, mais il ne s’entoure plus jamais de branchages, ni de rien qui puisse donner prise au feu.

Enfin, Ours ne terrorise plus personne et tous les autres habitants des bois peuvent sillonner son domaine sans craindre d’être attaqués ou tués par lui.
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Tchakabish, le maître du soleil.

Messagepar franbicha » 2007-11-16, 18:01

Tchakabish, le maître du soleil.

Tchakabish, était un tout petit homme. Oh! Il était vraiment petit, tellement que même les enfants de son village étaient tous plus grand que lui. On n’avait jamais vu un homme aussi minuscule. Cependant, il était rusé comme pas un et agile comme le vent.

Sa vie ne se passait pas qu’à chasser et à pêcher comme tous les hommes du village. Tchakabish jouait des tours. Il avait tellement d’idées saugrenues dans sa petite tête, que plusieurs le redoutaient encore plus que le géant kimichak qui vivait alors dans nos forêt.

Tchakabish empoisonnaient la vie de sa sœur Négashish à un point tel que plus personne ne la voulait comme épouse. Elle désirait tant se trouver un mari et s’éloigner de Tchakabish qu’elle en vint à vouloir rencontrer Kamichak.

Le géant fut bien étonné de la visite de la jeune fille, car personne ne s’approchait jamais de lui. Négashish lui promit de l’épouser, lui, le géant, s’il arrivait à la débarrasser pour toujours de son frère mais sans le tuer.

Kamichak invita donc Tchakabish chez lui afin de savoir qui était ce si terrifiant petit homme. L’invitation fut aussitôt acceptée car l’appétit de Tchakabish n’avait vraiment rien à voir avec sa petite taille.

Arrivée chez le géant, Tchakabish chercha bien vite un bon tour à lui jouer. Il voulait ajouter cet énorme personnage au nombre de tous ceux qu’il avait roulés avec ses trucs.

Kamichak était affairé à gratter avec une pierre une belle grande peau d’orignal tendue entre des raies de bois. C’était un travail long et délicat, d’autant plus que c’était la peau d’un animal énorme et que Kamichak voulait la conserver complète.

Tchakabish parvint à se glisser, sans être vu, sous l’ouvrage. À chaque coup de pierre du géant sur la peau, il coupait celle-ci par en dessous avec un couteau. Kamichak ne comprenait pas ce que cela voulait dire parce que la peau qui était si bonne et si robuste il y a un instant était maintenant complètement gaspillée.

Voyant la déconfiture de Kamichak, le farceur se mit à rire et cela irrita le géant. Oubliant sa promesse à la belle Négashish, il attrapa le petit homme et le plongea dans la grande marmite où devait bouillir le souper qu’il préparait pour Thakabish et sa sœur.

Heureusement, l’eau de la marmite n’était pas encore bouillante et le petit prisonnier parvint à s’en sortir sans être vu. Cependant, il pris soin d’emporter toute la viande qui était avec lui dans le chaudron, puis, il referma le couvercle hermétiquement et se cacha dans les bois voisins.

Quand Kamichak voulut servir à manger à la belle Négashish, quelle surprise il eut de constater qu’il n’y avait plus que de l’eau dans sa marmite. Tchakabish riait tellement qu’il ne pouvait plus bouger. Le géant prit alors son grand arc de chasse et s’apprétait à tuer le vilain petit sorcier Négashish, qui était tout de même sa sœur, intervint auprès de Kamichak.


Le géant sortit alors sa plus grosse flèche, la plus grande qu’on eut jamais vue. IL attacha solidement Tchakabish à la flèche, banda son arc de toute la force de ses bras puissants et expédia le petit monstre très loin vers un pays du froid. Puis, il retourna vers sa jolie Négashish qui avait promis de devenir sa femme.

Tchakabish voyagea plusieurs jours attachée à la flèche avant de retomber dans la neige, au pays du froid. Il était si fatigué et si seul, qu’il aurait voulu dormir longtemps. Mais, en ces nouveaux paysages, il faisait toujours clair. Le soleil semblait ne jamais se coucher et, même au plein cœur de la nuit, il brillait tellement que Tchakabish était incapable de fermer l’œil. Le soleil lui jouait un bon tour, et bien il allait lui aussi goûter à la médecine du petit homme.

Tchakabish confectionna un grand collet avec une corde de cuir qu’il portait enroulée autour de son corps. Il alla l’ajuster sur une montagne, là où le soleil devait passer, puis il attendit. Il resta assis sur une roche voisine tenant le bout du collet dans sa main pendant plusieurs jours. Combien de jours attendit-il? Il n’aurait pas pu le dire lui-même.

Au bout d’on ne sait combien temps, le soleil s’engagea dans le collet. Tchakabish le laissa bien entrer, puis, il tira violemment sur l’extrémité qu’il tenait dans sa main. Le soleil, étouffé, tomba dans un grand trou. Tchakabish ferma le trou avec une grosse pierre. Il se produisit alors une noirceur épouvantable.

Tchakabish, fatigué, se coucha et s’endormit profondément. Son sommeil dura des mois et des mois. Il aimait vraiment s’endormir pour de longues périodes. Quand il s’éveilla enfin, il déplaça la pierre et permit au soleil de sortir de son trou, toujours attaché par le collet dont il ne pouvait se défaire. Quand il avait sommeil, Tchakabish tirait sur la corde et enfermait à nouveau le soleil.

Depuis ce jour, il existe réellement un pays, très loin vers le froid, où Tchakabish continue de contrôler le soleil et où celui-ci ne peut pas éclaire la terre pendant de longs mois. Si vous allez un jour dans cet endroit, vous saurez que je n’ai dit que la vérité.
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Caribou, l’envieux

Messagepar franbicha » 2007-11-16, 20:26

Caribou, l’envieux


Caribou était un homme grand et fort. Il était possédé d’un grand défaut très déplaisant, il croyait toujours que tous les autres étaient mieux bâtis que lui, plus malins que lui, plus chanceux que lui. Il consultait fréquemment les sorciers afin d’obtenir toutes les qualités qu’il trouvait chez les autres et qu’il ne voyait aucunement en lui.

Caribou enviait surtout son frère Chevreuil. Pourtant, Chevreuil était bien plus petit que Caribou, peut-être plus agile, mais certainement beaucoup moins fort. Tous deux étaient aussi malin l’un que l’autre, mais ce n’est pas ce que pensait Caribou.

Le sorcier Kidâdâ n’aimait pas beaucoup Caribou, car celui-ci venait presque chaque jour lui demander de le rendre plus beau, plus agile, plus intelligent ou plus rapide que les autres, et surtout que Chevreuil. Kidâdâ avait beau expliquer à l’envieux que tout cela se passait dans sa tête et qu’il avait autant de qualités que tous les autres hommes, Caribou ne voulait rien entendre et il menaçait même le sorcier de mort s’il ne l’aidait pas.

Un beau jour, Kidâdâ en eut assez et, comme il était très puissant, il décida de s’occuper des désirs de Caribou. Il l’invita donc à se retirer avec lui dans la forêt afin de le rendre plus beau, plus agile et plus intelligent. Caribou, qui désirait ce moment depuis si longtemps, ne se fit pas prier pour suivre Kidâdâ. Il pensait que le sorcier avait eu peur de ses menaces et il était décidé à tout tenter pour obtenir les bienfaits des autres.

Une fois rendu loin du village, Kidâdâ prépara de nombreux ingrédients et mit son esprit en contact avec le puissant Windigo. Puis , il se tourna vers Caribou et lui expliqua ce qu’il avait à faire. Enfin, le sorcier laissa Caribou seul et entra au village.

Pendant trois lunes, Caribou resta seul dans la forêt et il suivit avec précaution toutes les recommandations de Kidâdâ. Sa tête enveloppée dans des feuilles d’érables et d’écorce de bouleau, il devait insérer des morceaux de bois dans les oreilles, ne jamais fermer ses yeux, ni jour, ni nuit, rester toujours à genoux sur la roche et frotter sans arrêt son nez avec une pierre.

Caribou avait très mal, en fait, il souffrait un vrai supplice. Mais, il voulait tellement transformer son apparence, qu’il ne s’arrêta jamais de suivre le traitement indiqué par Kidâdâ, Ce ne fut pas sans peine, vous pensez bien. Mais il le fit.

Au bout de trois lunes, Kidâdâ revint et dit à caribou que le travail était terminé et qu’il était un tout autre homme. Caribou se leva, et se rendit au bord du lac afin d’admirer sa nouvelle image si chèrement acquise.

Ce qu’il vit le fit hurler de frayeur. Il avait une grosse tête, de grandes oreilles, des yeux énormes et un nez long et large. Il était vraiment devenu la créature la plus vilaine qu’il ait jamais vu. Et ce n’était pas tout. Ses jambes s’étaient allongées et ses genoux étaient gros et laids. Il était réellement le plus mal bâti de tous les hommes.

Il voulut se venger de Kidâdâ mais celui-ci avait déjà disparu, transformé en oiseau. Caribou, enragé, marcha vers son village.

Le premier homme qu’il rencontra fut son frère Chevreuil, qui dansait gracieusement, seul dans le bois. Chevreuil fut bien étonné de la nouvelle apparence affreuse de Caribou. Cela augmenta sa vanité et il se mit à vanter ça grâce en se montrant si beau, si agile et si supérieur en tout à son horrible frère.

Tous deux se mirent à se poursuivre dans la forêt. Chevreuil se sauvait en se moquant et injuriant le malheureux. Son agilité lui permettait de toujours se sauver de son frère au moment ou celui-ci pensait l’attraper. Caribou, furieux, se jetait encore à sa poursuite et jurait de le tuer. Cela faisait bien rire Chevreuil qui échappait toujours facilement la mort.

Sur une branche voisine, Kidâdâ, toujours changé en oiseau regardait les deux frères et leur poursuite infernale. L’un était agile et vaniteux, l’autre envieux et hargneux. Le sorcier était certain que tout cela finirait mal. De chaque côté du lac, tous les deux se criaient des insultes. Chevreuil invitait Caribou à l’attraper l’injuriait tant qu’il pouvait. L’autre, fou de rage, hurlait qui le tuerait dans les pires souffrances.

Kidâdâ décida donc de les transformer tous les deux en animaux. Chevreuil demeura agile vaniteux, mais il fut bien forcé de s’enfuir dans le bois au moindre bruit, ne sachant pas quelle forme avait maintenant son frère. Il continue encore de se sauver à la moindre alerte et est toujours dévoré par la peur.

Caribou, lui est resté laid avec son grand nez, ses longues oreilles et ses yeux énormes, sa grosse tête et ses longues jambes. Il a encore le genou gros et n’est toujours pas aussi agile que le Chevreuil.

Mais, c’est depuis ce temps que Caribou et Chevreuil ne peuvent plus vivre ensemble dans la même forêt.
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Carcajou et les trois loups.

Messagepar franbicha » 2007-11-19, 22:43

Carcajou et les trois loups.

En ce temps-là, Carcajou, qui était un homme, vivait dans une cabane très loin dans la forêt avec sa femme et leur trois enfants. Ils ne vivaient que des fruits de la chasse et de la pêche. Cette année-là, le gros gibier se faisait plutôt rare dans ces parages et Carcajou devait parfois s’éloigner durant plusieurs jours pour chasser.

Lors d’une de ces longues chasses, il rencontra, chose très rare en ces bois isolés, trois hommes grands, beaux et forts. C’étaient des loups. Ceux-ci le saluèrent et lui demandèrent ce qu’il faisait seul ainsi dans la forêt. Les loups remarquèrent que Carcajou était maigre et accusèrent sa femme de faire trop mal la cuisine.

Carcajou, qui connaissait bien les loups, ne voulut pas que ces trois-là profitent de son absence pour aller faire un tour chez lui et faire des misères à sa jolie femme et à ses enfants. Il affirma donc aux loups qu’il n’avait pas de femme.

Les loups eurent pitié de lui et l’invitèrent, puisqu’il était seul à cheminer avec eux et à s’emplir un peu le dedans des côtes. Pour ne pas éveiller les soupçons, Carcajou accepta et fit route avec eux jusqu’au soir. Après un bon repas, ils établirent un camp commun au bord du lac. Carcajou se sentait pris et ne savait pas trop comment faire pour retourner chez lui.

Le lendemain, il y eut une tempête et tous quatre traversèrent la lac dans le grand rabaska des loups. Le soir, ils mangèrent quelques poissons et Carcajou, qui commençait à s’ennuyer de sa cabane.

Le lendemain encore, il simule une grande fatigue et pria les trois loups de continuer sans lui, qu’il voulait se reposer et que ces grandes randonnées l’épuisaient beaucoup trop. Au lieu de le laisser seul, les loups l’aidèrent à gravir une haute montagne où ils décidèrent de se reposer avec Carcajou avant de s’enfoncer loin encore dans le paysage.

Du haut de la montagne, Carcajou pouvait apercevoir une toute petite fumée qui s’élevait entre les arbres dans le lointain. Il savait que sa femme était là, et qu’elle préparait le repas de ses enfants. Carcajou, ne dormit pas et songea qu’il était temps de mettre un terme à son voyage avec les loups. Cependant, il ne savait pas du tout comment faire pour les quitter.

Au matin, les loups trouvèrent Carcajou qui pleurait. Il décida alors de s’excuser et de leur dire toute la vérité; qu’il était marié, qu’il avait trois enfants et qu’il ne pouvait plus vivre sans eux.

Les loups furent très mécontents parce que Carcajou leur avait menti, et peut-être aussi parce que, maintenant, il y avait trop distance entre eux et la cabane où était la femme qu’ils auraient pu taquiner. Ils décidèrent donc de laisser partir carcajou, mais seulement après qu’il eut payé chèrement son mensonge.

Comme ils étaient très en colère, ils le battirent sauvagement afin de lui apprendre qu’ils étaient les plus forts et qu’il n’avait pas le droit de leur raconter de fausses histoires. Carcajou dut chasser durant trois jours pour nourrir les loup afin de les dédommager pour l’aide qu’ils lui avaient apportée. Durant ces trois jours de chasse, les loups ne le laissèrent jamais dormir et ne lui donnèrent rien à manger. Carcajou dut aussi nettoyer le camp, entretenir le feu et faire, jour et nuit, mille et une besognes pour apaiser la fureur des loups, implorer leur pardon et regagner sa liberté.

Enfin, ils lui jetèrent un sort et le laissèrent repartir seul vers sa famille sans arme ni provision. Affaibli et blessé, Carcajou pris la route vers sa demeure. Il marcha longtemps car il n’avait pas de canot et il devait maintenant contourner le lac qu’il avait traversé avec les loups.

Quand il approcha de chez lui son cœur était si content qu’il en oubliait déjà les mauvais traitements qu’on lui avait fait subir. Il avait si hâte de revoir sa jolie femme et ses enfants, qu’il ne pensait plus du tout au mauvais sort que lui avaient jeté les loups.

Il se prépara donc à passer sa dernière nuit en forêt avant de pouvoir atteindre sa cabane et de voir les siens. Il s’endormit, rempli de joies. Cette nuit-là, il se réveilla et fut horrifié de constaté qu’il n’avait plus de bras ni de jambes, mais quatre pattes. De plus, son nez était long et effilé comme celui des loups. Croyant un mauvais rêve, Carcajou se rendormit. Mais, durant son sommeil, il perdit la mémoire. Seul lui restait le souvenir d’une vengeance à exercer contre quelqu’un qui lui avait fait du mal. Le souvenir de ce quelqu’un n’était pas très bien précisé dans sa cervelle.

Alors, Carcajou se mit à courir les bois et à se venger à chaque fois qu’une occasion se présentait. Aujourd’hui encore il cherche toujours à nuire et fait beaucoup de ravage partout où il passe. Il cherche toujours à se venger des loups qui l’ont changé en bête. Comme il ne les reconnaît pas, il ne sait jamais s’il les a châtiés comme il le voudrait. Alors il les poursuit ses méfaits afin d’être certain d’obtenir un jour la vengeance qui ronge son cœur.
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Bonhomme Brochet

Messagepar franbicha » 2007-11-20, 21:07

Bonhomme Brochet

Bonhomme Brochet était un vieil anishwabé ( homme des bois). Depuis qu’il avait perdu sa chère femme, il était retiré loin dans la forêt avec sa seule fille. Il avait construit une hutte de sapin au pied d’une cascade au bord de la grande rivière.

Sa fille, Koune, était belle comme le jour. Elle était très courtisée par tous les hommes du village et c’est pourquoi Bonhomme Brochet l’avait amenée vivre loin eux. Il ne voulait partager sa fille avec personne.

Afin de s’assurer de la garder pour lui seul, il avait conclu un pacte avec l’esprit malin du Windigo. Que la belle Koune ne le quitte jamais, ou bien que lui, Bonhomme Brochet, soit transformé dans le plus gros des Némis de la rivières. Le Windigo protégeait le vieil homme. Plusieurs chasseurs s’étaient essayés à l’attaquer afin de pouvoir s’approcher de la jolie Koune, mais Bonhomme Brochet les avait tous tués.

Un jour, un jeune homme passa dans ces bois. Il vit la belle jeune fille auprès de la cascade et son cœur fut conquis. Il s’approcha d’elle et lui parla longuement. Il s’appelait Nigamo. Koune le trouvait gentil et beau. Elle aurait aimé le connaître mieux et décida de le présenter à son père

Bonhomme Brochet était furieux à l’intérieur de lui-même. Il ne voulait pas que sa fille chérie le quitte avec cet étranger. Mais, il aimait beaucoup Koune et ne voulait pas lui faire de peine. Il fit donc bon accueil à Nigamo mais se promit d’y voir au plus tôt.

Le lendemain, il prit son jimone (canot) et donna les abwis (avirons) à Nigamo. Ils partirent donc tous deux pour la chasse, éloignant ainsi l’étranger de sa fille. Ils laissèrent le jimone et gravirent une falaise pour récolter des œufs d’oiseaux. Du haut de la muraille de roche, tandis que Nigamo se penchait pour atteindre les œufs, le vieil anishwabé le poussa en bas. Certain de sa mort, il ramassa quelques œufs et rentra pour raconter le triste accident à sa fille.

Quand il arriva au camp, il fut très surpris. Au bord de la rivière, Koune bavardait, main dans la main, avec un jeune homme. Et, ce jeune homme était Nigamo. C’était impossible, car Bonhomme Brochet était certain de l’avoir jeté vers la mort. Il ne dit rien et alla s’enfermer dans sa hutte, le cœur rempli de rage.

Ce que Bonhomme Brochet ne savait pas, c’est que Nigamo était le fils de Kidâdâ, le sorcier, et qu’il avait appris de lui, l’art de se transformer en oiseau. Précipité du haut de la falaise, il s’était changé en oiseau et avait aussitôt volé vers sa belle Koune. Il ne lui avait rien dit de l’incident pour ne pas lui faire de peine.

L’hiver survint et Bonhomme brochet n’arrivait toujours pas à se débarrasser de Nigamo. Il avait bien beau l’avoir perdu dans la forêt, l’avoir laissé seul, sans jimone, sur une île au milieu du grand lac Métabeskéga, Nigamo revenait toujours au camp avant lui. C’était un manège qu’il ne comprenait vraiment pas.

L’ hvier, donc était arrivé. Il était cruel et dur. Un beau jour qu’ils faisaient tous deux la chasse loin du camp, ils durent coucher dans le bois. Quand Nigamo s’endormit, Bonhomme Brochet se leva et jeta ses négabouchâgans ( culottes de peau) dans le feu. Il pensait ainsi faire périr Nigamo de froid. Au matin, il ragea de constater que Nigamo avait changé les négabouchâgans de place avant de dormir et que Bonhomme Brochet avait jeté les siennes au feu.

Il dut enrouler des branches de sapin autour de ses jambes pour revenir au camp sans geler complètement. Il fut malade longtemps des suites de cette aventure.

Un jour de l’été suivant, il faisant vraiment très chaud. Nigamo et sa belle Koune se rafraîchissaient en se tenant sur une grosse roche sous l’eau de la cascade. C’était, disait Koune le meilleur traitement pour avoir de beaux cheveux. Quand ils entrèrent, Bonhomme Brochet voulu lui aussi faire de même.

Comme il était vieux, il eut de la difficulté à atteindre la grosse roche. L’eau de la cascade arrivait violemment et la pierre mouillée était glissante. Le vieil anishawabé perdit pied et tomba dans le tourbillons de la rivière.

Il appela à l’aide et Nigamo accourut. Bonhomme Brochet supplia Nigamo de le sortir de là, mais le courant était si fort, que malgré ses efforts sincères, Nigamo n’arrivait pas à atteindre le vieillard.

Celui-ci jurait de ne plus jamais tenter de tuer Nigamo. Il promit de lui laisser Koune pour épouse. Il parlait même de son trésor, enfoui dans la terre, juste sous sa hutte. Nigamo lui, cherchait désespérément à sauver la vie du père de sa bien-aimée.

Au moment où Nigamo attrapa Bonhomme brochet par les cheveux un tourbillon plus violent que les autres emporta le vieux au fond de la rivière, d’où il ne remonta pas.

Nigamo et Koune retournèrent vivre au village de la jeune fille. Ils eurent la vie facile grâce au trésor caché par son père.

Enfin, c’est depuis ce temps-là qu’il y a des poissons sournois appelés brochet dans nos rivières et qu’une fine mousse pousse au fond des eaux mortes. Ce sont les cheveux de Bonhomme Brochet qui sont allés repousser là.
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Bostik, le rouge-gorge

Messagepar franbicha » 2007-11-22, 13:46

Bostik, le rouge-gorge

Jadis vivait au fond de la forêt, un homme dont le nom était Abéchâchine. Cet homme avait un fils, grand et maigre, qui s’appelait Bostik. En plus de ce fils, Abéchâchine vivait avec sa seconde femme, Matchâ, qui n’était pas la mère de Bostik puisque celle-ci était morte.

Matchâ aimait Abéchâchine, à qui elle faisant faire tout ce qu’elle désirait. Cependant, elle détestait Bostik car il lui semblait que le jeune homme était toujours dans ses jambes et qu’elle aimerait mieux vivre seule avec son mari.

Un jour que Bostik était parti seul à la chasse, Machâ pris un aigle abattu la veille par Abéchâchine et se retira dans les bois. Elle ôta les griffes et le bec de l’oiseau et s’en laboura le visage et les bras. Puis, elle le jeta bien loin et rentra ensanglantée à la cabane de son mari.

Abéchâchine, tout peiné de la voir ainsi, lui demanda ce qui s’était passé. Matchâ raconta que Bostik l’avait ainsi battue et déchirée parce qu’elle ne voulait pas aller avec lui. Elle dit aussi qu’il s’était sauvé bien loin à cause de cette histoire. Abéchâchine était furieux contre son fils.

Matchâ calma son mari et lui fit comprendre que Bostik était son fils et qu’il ne devait pas le tuer ni le battre. Selon elle, le garçon était devenu assez grand pour vivre seul et se trouver ailleurs une cabane et une épouse bien à lui.
Quelques jours plus tard, Bostik revint de la chasse. Il ignorait tout de l’histoire racontée par Matchâ. Il trouvait son père de mauvaise humeur et évitait de lui adresser la parole. Il regardait Machâ toute éraflée et pensait qu’il y avait eu une terrible dispute entre eux. Bostik se tint donc hors de cela et ne dit rien.

Abéchâchine décida, dès le lendemain, de partir avec son fils sur le grand lac Manouan pour ramasser des œufs d’oiseau. Rendu sur une île très loin, il prépara un feu tandis que son fils s’éloignait pour trouver les nids. Abéchâchine laissa le feu, prit son jimone(canot) et partit, laissant Bostik seul sur son île.

Bostik ne comprit pas pourquoi son père l’avait abandonné. Il ne savait pas comment faire pour quitter sa prison au milieu du lac. Il s’adressa donc à Mouse-Némis, qui était un énorme poisson avec un grand panache et qui était le plus puissant esprit des eaux.

Mousse-Némis eut pitié de Bostik et lui fit un don. Bostik aurait le pouvoir de se transformé en oiseau. Il pourrait le faire à son gré, mais la troisième fois, il demeurerait ainsi pour toujours. Bostik accepta et remercia Mousse-Némis en lui donnant des œufs d’oiseaux dont il raffole et qu’il ne peut atteindre. Puis, Bostik se transforma en oiseau et traversa sans peine le lac jusqu’à la rive. Là, il reprit sa forme humaine et fit route vers la cabane de son père.

Chemin faisant, il tomba sur un groupe de «Cœurs pleins de poils » méchants et cruels, qui l’attrapèrent et voulurent le faire mourir. N’ayant aucune chance de survivre à leurs supplices, Bostik fit un nouveau appel au don de Mousse-Némis. Il se transforma en oiseau et échappa ainsi aux « Cœurs pleins de poils » et à la mort en riant.

Il reprit à nouveau sa forme humaine et marcha longtemps jusqu’au campement de son père. Quand Matchâ le vit arriver, elle se cacha dans sa cabane et appela Abéchâchine qui se dressa devant son fils. Il ordonna à Bostik de quitter ces lieux pour toujours et de ne plus jamais lever les yeux ni la main sur la compagne de son père.

Bostik tout étonné, jura qu’il n’avait jamais touché à la femme ni même levé la main contre elle.
Il expliqua qu’il était à la chasse et qu’il ne savait rien de toute cette histoire.

Matchâ, qui ne voulait pas voir son terrible plan ainsi dévoilé à Abéchâchine, sortit en hurlant de la cabane, tenant un couteau à gratter les peaux dans sa main. Elle injuriait Bostik en le traitant de méchant et de menteur. Botisk, qui ne comprenait rien à tout cela, voulut la calmer, mais, elle s’élança sur lui, le couteau d’avant. Bostik eut juste le temps de se reculer pour ne pas être tuer. Cependant, Matchâ lui avait fait une belle entaille à la gorge.

Matchâ furieuse d’avoir rater son coup et exaspérée des questions pressantes d’Abéchâchine ne décolérait pas. Sa fureur était telle qu’elle mit le feu à toutes les affaires de son mari, qui avait pu douter de sa parole. Elle mourut dans les flammes de la cabane et de tout ce qu’elle contenait.

Abéchâchine alla s’installer beaucoup plus loin dans les bois. Il vécut seul et n’eut plus jamais de femme, ni fils. Il n’arriva pas mais à savoir qui, de Bostik ou Matchâ, lui avait dit la vérité.

Bostik, lui, devenu un oiseau pour toujours, porta toute sa vie au cou, la trace de blessure fait par le couteau de la méchante femme. Le sang lui avait rougis la gorge et il transmit ce souvenir à tous ses descendants, les nombreux rouges-gorges que nous voyons encore aujourd’hui.
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Le châtiment de Hibou.

Messagepar franbicha » 2007-12-11, 22:12

Le châtiment de Hibou.

Au temps où ils étaient des hommes, Hibou et Aigle étaient deux frères. Hibou était rusé et doué d’une vue perçante dans la nuit. Aigle, lui était très fort et voyait aussi bien le jour que son frère dans le noir. Ils chassaient toujours ensemble et étaient redoutés de tous.

Ils ne se gênaient pas pour voler les autres habitants de la forêt. Ils étaient tellement craints que tous s’enfuyaient à leur approche.

Un jour, Hibou propose à son frère de se séparer pour un temps afin de regagner un peu la confiance des autres. On les connaissait tellement que plus personne ne les laissait approcher. C’était devenu bien difficile de voler les autres dans ces conditions. Hibou dirait à tous que Aigle était mort. Plus personne ne le craindrait et ce serait facile de les tromper à nouveau.

Aigle quitta donc son frère et lui donna rendez –vous au même endroit dans trois jours. Ils s’éloigna hors de ces lieux et Hibou se dirigea seul dans la forêt.

Le premier homme qu’il rencontra fut Orignal, qui était grand et fort et qu’il avait souvent trompé autrefois. Orignal se méfia de lui et lui demanda où était son frère. Hibou raconta la mort de son complice. Il dit aussi que si Aigle était tellement craint, c’était parce qu’il voulait le protéger, lui, le faible Hibou qui ne voyait rien le jour.

Orignal se méfiait. Il se souvenait que les deux frères l’avaient souvent volé. Quand il surveillait ses affaires la nuit, elles disparaissaient dans la journée. Quand il montait la garde le jour, il se faisait rouler dans la nuit. Il voyait bien que Hibou était seul mais ne faisait pas confiance à sa parole. Ne voyant pas venir Aigle, Orignal décida de se venger. Il prit alors un grand bâton et battit fermement Hibou pour lui rappeler tous les tourments que les deux fripons lui avaient fait subir.

Hibou avait mal partout et se jura d’obtenir vengeance. Cette nuit-là Hibou décida de mettre le feu à la hutte d’Orignal pendant le sommeil de celui qui l’avait battu. Mais, Orignal qui avait l’oreille fine, l’entendit venir. Il souleva le panneau de branches de sapin et fila dans le bois sans être vu. Hibou alluma le feu et regarda brûler son grand ennemi. Il fut étonné de n’entendre aucune plainte, mais pensa qu’Orignal devait avoir la peau dure. Hibou était certain que sa victime était toujours dans la cabane et qu’elle ne pouvait qu’être morte.

Le lendemain, Hibou chemina toujours seul. Il croisa Loup et Renard qui rentraient de la chasse. Il raconta à nouveau la mort de son frère le protecteur et tenta d’attirer la pitié sur sa petitesse et sa vulnérabilité. Loup et Renard se regardèrent . Dans leurs yeux on ne pouvait voir la méfiance et aussi le désir de vengeance.

Renard qui était le plus rusé, prit un air de compassion et invita Hibou à partager avec eux le gibier qu’ils avaient chassé. Hibou qui n’avait pas mangé depuis qu’il était seul, accepta cette invitation bienveillante. Il se remplit avidement le dedans des côtes. Quand il fut bien repu, Loup et Renard lui flanquèrent une bonne raclée en souvenir de tous les méfaits dont ils avaient été les victimes.



Hibou, une seconde fois, sentit dans ses os la colère de ses ennemis. Ils se promit bien d’obtenir sa revanche dès la nuit même. Il attendit patiemment le sommeil des deux chasseurs et s’approcha de leur hutte afin d’y mettre le feu. Renard et Loup dormaient. Il les entendait ronfler à travers les sapinages. Il prit un tison et s’approcha de la hutte.

Une puissante main s’abattit alors sur son épaule. C’était Orignal, qui le suivait sans cesse depuis l’autre nuit. Hibou fut horrifié parce qu’il était certain de la mort d’orignal. Il faillit mourir de frayeur et il poussa un grand cri qui réveilla en sursaut les dormeurs.

La volée de coups de bâton que lui administrèrent les deux compères fut effroyable. Hibou ne réussit à sauver sa peau parce qu’il voyait mieux que son ennemis dans le noir et qu’il vint ainsi à leur échapper, mais il tomba comme mort sur le chemin.

Au matin, Aigle arriva et chercha son frère. Il vit bien par terre un tas informe et sanglant, mais il ne porta pas attention et passe droit. Il se demandait pourquoi Hibou n’était pas au rendez vous. C’était pourtant le bon jour et au bon endroit. Sans comprendre, il continua son chemin.

Hibou en revint tout de même avec le temps. Mais, il avait tellement été battu que sa forme n’était plus la même. C’est pourquoi son frère ne l’avait pas reconnut et ne le reconnut jamais.

Encore aujourd’hui, Hibou garde une mine renfrognée toujours bon œil dans la nuit ne bouge presque pas de la tête et tourne péniblement le cou pour soulager la douleur de son dos. Il lance parfois un cri rauque pour appeler son frère Aigle, mais ce cri ne ressemble du tout à celui d’autrefois. Hibou n’a plus jamais revu son frère. Il fut ainsi bien puni de tous ses méfaits
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Naskanawidj, le dernier loup-garou

Messagepar franbicha » 2007-12-12, 00:34

Naskanawidj, le dernier loup-garou


Naskanawidj était un anishwabé ( homme des bois). Ayant perdu sa femme et deux de ses trois fils des suites d’une terrible maladie survenue au cours d’un hiver particulièrement rigoureux, il s’était retiré pour vivre dans les bois.

Il habitait une cabane isolée, seul avec Amisk, son dernier enfant, et le terrible secret qui rongeait son cœur.

Naskanawidj avait toujours beaucoup aimé sa femme et ses trois enfants. La mort de sa compagne et celles de ses deux aînés l’avaient tellement chagriné qu’il était disposé à échanger n’importe quoi au Windigo pour qu’il épargne son dernier fils.

L’esprit malfaisant du Windigo s’empressa de faire un pacte avec le malheureux. Maintenant, à chaque nuit de lune pleine, Naskanawidj se transformait en loup et ne reprenait sa forme humaine qu’après avoir tué et dévoré un homme. Naskanawidj avait très peur de cette horrible nuit qui revenait bien trop souvent à son goût.

Il s’était donc isolé avec Amisk dans la forêt afin de ne jamais manger ses frères et ses amis. Il élevait Amisk avec amour et affection et le quittait toujours, la veille de la terrible nuit, afin de ne pas dévorer son propre enfant.

Il cherchait toujours un voyageur isolé, une famille vivant dans une cabane éloignée, ou encore un enfant perdu dans la forêt. Il tentait de repérer sa victime quelques jours à l’avance car il craignait de devoir tuer Amisk s’il ne trouvait personne à manger. Quand il se transformait en loup, il ne pouvait plus penser à rien d’autre qu’à tuer et à manger. Cela lui faisait très peur.

Amisk grandissait et ignorait tout du terrible secret de son père. Il savait bien que celui-ci disparaissait durant quelques jours à chaque lune pleine et qu’il en revenait tout bouleversé. Amisk pensait que son père allait rendre hommage à sa mère et à ses deux frères et que c’était le vide qu’il avait dans le cœur qui chagrinait Naskanawidj à ce point.

Vint un temps où Amisk rencontra une jeune fille. Il la prit comme épouse et l’amena vivre avec lui dans la cabane de son père. La vie était plus gaie et Amisk eut un enfant qu’il aimait aussi beaucoup.

La lune continuait de rapetisser et de grandir et revint la nuit ou Naskanawidj devait courir le loup-garou. Il s’éloignait, comme à son habitude, de sa cabane. Cette fois, il se dirigea vers les îles de la triple gueule du grand fleuve noir. Là, il avait repéré le campement d’un voyageur étranger.

Naskanawidj se sentit mal, il connaissait bien ce qui allait se passer. Son corps se crispait et se transformait. Son nez et ses dents s’étiraient ses ongles devenaient des griffes et tout son corps se hérissait de poils noirs. Il devenait un loup hirsute, une bête cruelle et sanguinaire. Il perdait la raison et la mémoire. Seul demeurait un incontrôlable besoin de tuer.

Le loup-garou se dirigea donc vers le campement de l’étranger. Mais, tout était sombre et le feu était froid depuis longtemps. Le voyageur avait poursuivi son chemin et il devait être déjà loin. La rage et la faim commandaient au loup-garou de se mettre en chasse. Il rôdait donc dans la forêt.

Il revint sur ses pas et arriva à la cabane. Amisk était parti à la pêche sur le lac. Cette jeune femme et ce tout petit enfant lui parurent bien appétissants. Il se jeta sur la femme de son fils, l’égorgea et lui dévora le cœur. Puis, ce fut au tour du fils de son fils, qu’il mangea sans même prendre le temps de le tuer. Sa sale besogne terminée, le loup-garou s’enfuit dans le bois.

Quand Amisk rentra de la pêche, il fut horrifié, puis, très cruellement blessé par le massacre de ceux qu’il chérissait tant. Il ne connaissait aucune bête capable d’un tel carnage. Il se jura de trouver et de tuer un tel monstre, quel qu’il soit.

Naskanawidj reprit sa forme humaine et retrouva sa raison. Puis, il rentra au campement. Il fut, lui aussi, écoeuré par le spectacle sanglant qu’il découvrit. La peine et la colère de son fils lui faisaient très mal, mais plus encore, le fait de savoir que c’était lui, Naskanawidj, qui avait fait cela.

Pris de remords, il raconta tout à Amisk, lui demandant de l’aider à mettre un terme au sortilège du Windigo. Amisk comprit que son père était prisonnier de l’esprit malfaisant et décida de trouver un moyen d’arrêter les massacres. Après quoi, il pourra mourir avec dignité et retrouvé son épouse et son fils.

Amisk appela le Windigo et lui proposa un nouvel échange. Son père, Naskanawidj mourrait à la prochaine lune pleine et lui Amisk plus jeune et plus fort, le remplacerait dans le rôle du loup-garou. L’esprit du Windigo accepta cet arrangement.

Durant les jours qui suivirent le père et le fils travaillèrent sans relâche à rouler d’énormes pierres devant l’entrée d’une grotte. Ils en entassèrent tellement qu’il aurait été impossible à vingt hommes de dégager l’entrée en une seule nuit. Amisk se glissa à l’intérieur et son père termina de fermer complètement le tout.

La lune fut à nouveau pleine et Naskanawidj mourut, délivré de son terrible malheur. Amisk, enfermé, se changea en loup-garou enragé, mais ne put pas s’évader de sa prison pour dévorer un homme. Alors, il mourut de faim et on ne revit plus jamais un seul loup-garou dans la région
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