La légende de La Roche

La légende de La Roche

Messagepar NAMASS » 2006-09-22, 22:29

http://www.rtsq.qc.ca/region04/rabaska/ ... roche.html

La légende de La Roche

D'après Joseph-Philippe Héroux (Yamachiche1 1872 - Montréal 1928)

Ce printemps-là, comme de coutume, des centaines d'Amérindiens pêchaient sur le fleuve. Quelques familles algonquines harponnaient les anguilles de Mahigan sipiy2, un affluent de Nebesek3. Un voyageur annonça à des femmes que des envahisseurs débarquaient à Madôbalodenik4.

Que c'était excitant pour leurs enfants qui n'avaient jamais vu d'hommes blancs! Il suffisait de suivre les sentiers le long du fleuve, un jour de marche seulement. Près du fort de Trois-Rivières, on se cachait derrière les souches pour espionner les étrangers. Un jeu d'enfant!

Mais une adolescente fut surprise par un militaire. La peur la paralysa un moment. L'homme la regarda dans les yeux, paisiblement, et la laissa partir. Ce fut le coup de foudre. Elle aimait ce Visage pâle qui lui avait souri. Elle avait 16 ans.

Par malheur et par peur, son père la promit en mariage à un sorcier malveillant. La jeune fille refusa. Une nuit, en secret, elle voulut retourner au fort. Le sorcier jaloux l'attrapa, l'amena en canot sur le fleuve Saint-Laurent et remonta jusqu'au lac Saint-Pierre, à Yamachiche. Il y avait là un gros bloc de granit, c'était un lieu pour faire des offrandes à Manitou5. Le sorcier l'attacha à la pierre; elle y resta 21 jours.

À bout de forces, elle réussit enfin à faire entendre sa plainte. Une barque de Français qui passait s'approcha. Parmi l'équipage, la jeune fille reconnut son bien-aimé. Il lui parlait. Elle ne comprenait rien à son langage, mais sa douceur la rassura. Elle mourut ainsi, blottie dans les bras d'un inconnu qu'elle aimait en silence.

On ne peut plus voir ce bloc de granit gris tacheté de rouge et muni d'un anneau de fer. Il aurait été transporté pour servir dans les fondations d'une église à Yamachiche. Malgré cela, plusieurs ont continué à redouter cet endroit appelé «La Roche». Selon la légende, le fantôme d'une Amérindienne hanterait ce lieu.

Est-ce le même sorcier qui est à l'origine du nom du lac au Sorcier dans la réserve faunique de Mastigouche? La nuit, il paraît qu'on y entend des sons étranges.


1 Yamachiche : toponyme amérindien qui signifierait «rivière vaseuse». La rivière Yamachiche se jette dans le lac Saint-Pierre à la hauteur d'une municipalité appelée Yamachiche

2 Mahigan sipiy : mots amérindiens qu'on a traduits par «rivière du Loup». De quel loup s'agit-il? L'histoire ne le dit pas. Mais une légende raconte que des Amérindiens de la tribu des Loups fréquentaient autrefois la région de Maskinongé, où coule une rivière du Loup.

3 Nebesek : c'est ainsi que les Abénakis appellent le lac Saint-Pierre. Nebesek signifie «au lac».

4 Madôbalodenik : c'est ainsi que les Abénakis nomment Trois-Rivières. Madôbalodenek signifie curieusement : «à la fin, chez Loden».

5 Manitou : divinité du bien ou du mal, grand ou mauvais Manitou.
un esprit libre
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Messagepar NAMASS » 2006-10-10, 11:05

Une version plus longue tirée de :

Contes et nouvelles du Québec
1800-1950
Tome II



http://jydupuis.apinc.org/pdf/Contes-Quebec-2.pdf

Joseph-Philippe Héroux
(1872-1928)
La légende reproduite ici est tirée du recueil En
bâtissant des églises... publié en 1917, et reproduite
encore dans Contes et récits de la Mauricie, anthologie
publiée en 1984.

Le fantôme de « La Roche »
Sur le bord du lac Saint-Pierre, tout au fond de
l’anse d’Yamachiche, à l’endroit où le chemin verbalisé
aboutit au rivage, il est un vaste terrain, vaseux,
marécageux, plein de joncs et de folle avoine, qu’on
appelle « La Roche ».
Autrefois, au centre de ce terrain, gisait un
magnifique cube de granit gris, dans lequel éclataient,
assez loin l’une de l’autre, de larges taches rouges
parfaitement tranchées, ressemblant à de grosses
gouttes de sang. On a découvert, il y a quelques années,
au nord de la chute de Shawenegan, un banc de ce
superbe granit.
Aujourd’hui, bien qu’on désigne toujours l’endroit
par ce nom « La Roche », le beau bloc n’y est plus.
Quand on construisit l’église de Yamachiche, plusieurs
habitants allèrent ensemble le chercher et il fut placé
dans le premier rang des fondations.
Outre sa couleur, il avait encore une particularité: un
énorme anneau en fer, tout mangé par la rouille, y était
scellé.
Les bonnes gens du village n’aimaient pas à
252

raconter la légende attachée à cette pierre, un des
anciens curés ayant, disait-on, défendu de la propager.
Ce fut le père Dieudonné G... qui me la raconta un
soir d’octobre en 188...
Nous étions allés, tous deux, nous asseoir dans le
fameux marais, chacun sur une « ouache » de rat d’eau,
pour y attendre la « passée » des canards sauvages.
Mon vieil ami, contre son habitude, portait un habit
noir et comme il regardait du côté de « La Roche », je
le vis soudain pâlir, puis faire un grand signe de croix.
– Qu’avez-vous ? lui criai-je.
– Retournons, me dit-il, j’ai cru voir le Fantôme de
la Roche...
Ceux qui ont eu quinze ans et qui ont aimé, à cet
âge, les histoires du terroir, comprendront le désir que
j’avais d’entendre raconter la légende mystérieuse ;
mais le père Dieudonné était capricieux. Il ne voulait
pas être interrogé, il ne parlait qu’à son bon plaisir.
Nous reprîmes en silence le chemin du village.
Les ombres de la nuit commençaient à tomber...
Quand nous arrivâmes au long de la Petite Rivière,
se décidant enfin, le vieillard raconta:
Il y a bien longtemps – des centaines d’années –
Monsieur de Laviolette montait de Québec aux Trois-
Rivières, pour y bâtir un fort sur la pointe du « Platon ».
253

C’était le printemps, son parti était nombreux.
Le lendemain de l’arrivée, dès le matin, il mit tout
son monde à l’ouvrage. Pendant que les uns
travaillaient fort, que les autres commençaient à
défricher et à labourer la terre, lui- même ouvrait un
comptoir pour faire avec les indigènes la traite des
pelleteries.
Parmi les gens attachés à son service personnel, se
trouvait un jeune Français, dont la légende n’a pas
gardé le nom et qui lui servait à la fois d’interprète, de
secrétaire et d’aide-de-camp. Instruit, brave et joli
garçon, parlant plusieurs dialectes sauvages, il était très
habile dans les négociations.
À peine les travaux étaient-ils commencés que déjà
la nouvelle s’en répandait dans tous les villages
sauvages échelonnés le long du Saint-Maurice. Tous les
indigènes voulurent voir cette installation et plusieurs,
pour cela, firent à pied ou en canot, des centaines de
milles de chemin.
Les plus braves, pour mieux voir, allèrent traiter
avec les nouveaux arrivants, mais la plupart, les
femmes surtout, allèrent se cacher dans les bois, autour
du fort, et y restèrent quelquefois embusqués des
journées entières, rien que pour les voir passer.
Dans un de ces villages vivait l’héroïne de notre
légende, jeune Indienne de seize ans d’une remarquable
254
beauté.
Plusieurs guerriers l’avaient déjà demandée en
mariage à son père, toujours il les avait refusés.
Cependant, depuis quelques mois, un sorcier d’un
village éloigné venait souvent le voir, et lui parler de sa
science, de ses médecines, de son pouvoir.
Il avait pris beaucoup d’ascendant sur le sauvage à
l’âme fruste et apportant à chaque visite des armes et
des présents nouveaux, insinuant dans des discours
fleuris des menaces à peine voilées, il avait demandé la
main de la jeune fille.
La pauvre enfant éprouvait à sa vue une terreur
instinctive, elle devinait chez lui les calculs d’une âme
basse et cruelle, mais malgré tout, un soir qu’elle n’était
pas là, le sorcier avait obtenu du père, une promesse
formelle...
Ce jour-là s’était répandue dans les villages la
nouvelle de l’arrivée des Français aux Trois-Rivières.
Avec plusieurs compagnes, la jeune Indienne avait
descendu le Saint-Maurice et s’était venue cacher près
du fort pour les voir passer. La cachette, il faut croire,
n’était pas des meilleures, car le Secrétaire de Monsieur
de Laviolette, passant tout près, aperçut ces femmes et
leur sourit.
Notre héroïne, qui croyait d’avance que les Français
les mépriseraient, fut bien étonnée et, par un retour
255

curieux, il lui sembla que c’était elle, et non ses
compagnes, que le jeune homme avait regardée ; que
c’était à elle seule qu’il avait souri.
Ce simple sourire la pénétra, se grava dans son
coeur de façon ineffaçable ; pour le voir encore une fois
s’épanouir devant elle, elle aurait tout donné, tout
sacrifié.
Elle aimait le jeune Français.
Quand, au retour, son père lui annonça qu’il avait
accepté la demande du sorcier, son coeur se déchira.
Elle pleura, elle pria, elle supplia, ce fut en vain.
La chose était décidée, la parole engagée, il fallait
obéir.
Folle de douleur, ignorante de la vie, elle s’enfuit de
son village, quelque temps après, pendant la nuit. Elle
quitta la hutte où dormait son père et prit seule, à pied,
le chemin des Trois- Rivières... Espérait-elle y
rencontrer celui qui lui avait souri ?... Allait-elle aller
lui demander sa protection ?... Peut-être, mais une autre
chose encore l’amenait là.
Depuis près de trente ans qu’il y avait des Français à
Québec, bien des fois les Robes Noires étaient passées
par les villages, semant partout des paroles de paix et de
vie. Son père l’en ayant toujours empêchée, jamais elle
n’avait pu leur parler, mais on lui avait assuré qu’ils
recueillaient les malheureux, que jamais ils ne
256

renvoyaient personne... que leur religion était toute de
bonté... Elle irait donc vers eux...
Toute la nuit, elle marcha sans manger, meurtrissant
ses pieds aux pierres du chemin, déchirant son visage
aux branches de la forêt.
Quand l’aube parut, elle arrivait aux Trois-Rivières.
Timide, elle n’alla pas frapper à la porte du fort,
mais blottie derrière un arbre renversé, elle attendit que
la porte s’ouvrît...
Quelles idées étranges passaient dans son esprit à
cette heure décisive où sa vie allait changer !... Que de
souvenirs revenaient à sa mémoire de choses
auxquelles, jusqu’alors, elle n’avait accordé aucune
attention !... Les sorciers des tribus disaient partout que
les blancs étaient cruels et sanguinaires et pourtant des
Indiens, blessés et pris par eux, à Québec, avaient été
soignés, guéris et renvoyés... Puis, à ces hommes, les
Robes Noires avaient parlé, avec chaleur, avec
amour !... Ils leur avaient dit – l’un d’entre eux l’avait
raconté à son père – qu’au-delà de ce monde, il existait
une autre vie d’où les souffrances étaient bannies... Si
l’on vivait suivant certaines lois, si l’on croyait à
certaines paroles, on pouvait, après la mort, jouir de
cette autre vie... Ils appelaient cela, elle s’en rappelait:
« Aller au ciel »...
Oh ! qu’elle aurait voulu les connaître, les paroles
257

de vie !... Elle irait, elle verrait les Robes Noires, elle
apprendrait d’eux ces paroles auxquelles elle croyait
d’avance, puis si celui qu’elle aimait ne voulait pas la
garder, elle mourrait, elle « irait au ciel ».
Le jour était venu, beau, clair, plein de soleil.
La porte du fort s’ouvre, la pauvre enfant va pour
sortir de sa cachette ; avant qu’elle ait pu se redresser,
un coup terrible lui fait perdre connaissance, elle tombe
sans crier...
Depuis quelques jours, le sorcier qui sans cesse
l’épiait, avait découvert son secret. Il se doutait qu’elle
essaierait de s’enfuir et il la surveillait avec une
inlassable constance.
Quand il l’eut vue partir, il alla éveiller le Chef.
– Ta fille est partie, dit-il.
– Où est-elle allée ? demanda le père.
– Aux Trois-Rivières, rejoindre un Français qu’elle
aime... Tu m’as trompé, rends-moi mes armes, rendsmoi
mes présents ; mes médecines me vengeront de
toi...
– Non, j’ai donné ma parole. Elle sera ta femme ou
mourra.
Tous deux s’étaient mis en route pour la rejoindre
sur le chemin, mais comme elle avait passé à travers la
forêt, ce ne fut qu’au matin qu’on retrouva ses traces et
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au moment où elle allait se lever, crier vers le fort, son
père était arrivé juste à temps pour l’étendre par terre
d’un énorme coup de poing. Assommée, on l’avait
bâillonnée et amenée sous le couvert de la forêt.
Quand l’air frais du matin lui eut fait reprendre ses
sens, elle tenta de s’échapper, mais que pouvait une
pauvre enfant contre deux hommes forts et habiles ?...
Impuissante, mais sans s’aider, elle se laissa emporter,
invoquant dans son coeur le Dieu puissant des
Français...
Déjà, dans ce temps-là, la « Roche » était au bord de
l’eau, à l’endroit d’où nous venons. C’était un beau
cube de granit parfaitement et uniformément gris, que
les sorciers avaient descendu des Laurentides pour en
faire un autel. Ils y avaient fixé un énorme anneau en
fer auquel ils liaient les victimes destinées au sacrifice.
Ce fut vers cet autel que les deux sauvages
amenèrent la jeune fille, ce fut à l’anneau en fer qu’ils
l’attachèrent par de solides liens.
Le trajet avait été dur et long. Comme le jour
commençait à baisser, les deux hommes se couchèrent
parmi les aulnes du rivage, et l’enfant, écrasée sur sa
pierre, passa la nuit à pleurer.
Au matin, ils revinrent vers elle.
– Consens-tu, dit le père, à épouser mon ami ?...
Malgré ton indignité, il est encore prêt à t’amener dans
259

son village et à te parer comme une de ses femmes.
– Jamais, dit-elle, je veux aller chez les Français
apprendre des bonnes Robes Noires les paroles de vie...
– Tu mourras, alors.
Et les deux hommes partirent...
Pendant vingt jours, elle resta là, broyée, anéantie, le
visage tuméfié par les larmes, buvant l’eau croupie du
marais, ne mangeant que quelques grains de maïs ronds
qu’on avait abandonnés près d’elle.
Quelle triste solitude !
Aux oiseaux qui volaient dans l’air et dont elle
enviait la douce liberté, à la brise qui passait, chantant
sous les arbres de la forêt, elle confiait sa peine et ses
douleurs. « Allez pour moi, gentils oiseaux et toi aussi,
brise embaumée, vers les bonnes Robes Noires,
amenez-les vers moi... Dites-leur qu’ici meurt une
pauvre enfant des bois qui voudrait bien savoir les
paroles de vie... Qu’ils viennent, guidés par vous, vers
ma pierre solitaire... Que leur Dieu plutôt, leur Dieu
tout puissant, les amène vers moi ! »...
Et pourtant, tout au fond de son coeur endolori, une
autre pensée venait souvent, qu’elle ne voulait confier
ni aux oiseaux, ni à la brise, une pensée qui faisait
battre son coeur plus vite, qui lui faisait oublier ses
douleurs: « Si le Grand-Esprit des Visages Pâles lui
amenait le jeune homme qui un jour lui avait souri... s’il
260

venait, sur les flots ou par les bois, briser ses liens,
l’amener avec lui »...
Mais les jours passaient et sa faiblesse augmentait
toujours ; à peine si maintenant elle pouvait, de temps
en temps, se lever sur sa pierre.
Au matin du vingt-et-unième jour, comme elle était
assoupie, tombant de faiblesse et de faim, voici qu’elle
entendit, venant du large, une voix au timbre doux et
profond, chantant des paroles inconnues mais dont les
modulations se répandaient sur son coeur comme un
baume délicieux.
Rêvait-elle ?
Allait-elle, en remuant, chasser la magie, la beauté
de son rêve ?... Non, elle ne rêvait pas, elle entendait
maintenant un bruit de rames, des Français passaient au
large.
Oh ! se dit-elle, s’ils pouvaient m’entendre, me
voir... Avec grande peine, elle se leva sur sa pierre et de
toute la force de ses pauvres poumons, elle cria au
secours.
On l’entendit, car avant de retomber, épuisée,
haletante, elle vit le canot virer de bord.
Il s’avançait vers elle...
Mais le sorcier veillait.
Caché sous les premiers arbres de la forêt, il avait vu
261

le canot français passer au large et c’est parce qu’il était
occupé à le regarder que, pendant une minute, il avait
perdu de vue sa victime et n’avait pu empêcher son cri
d’appel.
Il se rua vers elle.
– Ç’en est fait, dit-il, les Français viennent. Acceptemoi
avec ta liberté ou meurs pour ma vengeance.
Pour toute réponse, avec mépris, elle lui cracha au
visage.
Furieux, le sorcier tira son couteau, le lui enfonça
dans la poitrine et s’enfuit dans la forêt.
Il avait voulu frapper au coeur, une côte avait fait
dévier l’arme, la mort n’avait pas été instantanée...
Parmi les joncs qui obstruaient leur marche, les
Français arrivaient. Les liens de la captive étaient si
forts, si bien tordus, qu’il fallut renoncer à les défaire et
ce fut sur « La Roche » qu’on dut la secourir.
On lava, on pansa sa blessure, on lui fit respirer des
sels ; enfin, elle ouvrit les yeux et dans son sauveur,
dans ce jeune homme penché sur elle, épiant le retour
de la vie, elle reconnut celui que son coeur désirait,
celui qu’elle aimait sans qu’il le sût.
Lui, qui connaissait un peu de médecine, avait
examiné la blessure, le poumon était perforé, la mort
était imminente.
262

Catholique dans l’âme, cherchant toujours à éclairer
les pauvres âmes ignorantes des indigènes, il voulut
l’exhorter à la mort, chercher à lui faire désirer le
baptême.
Se servant du dialecte des sauvages du haut du
Saint- Maurice, il lui dit: – « Voudrais-tu, quand tu
seras morte, aller dans un pays magnifique, chanter la
gloire de Dieu avec sa Sainte-Mère ?... Pour cela, il faut
croire à la loi d’amour et de pardon... Dieu nous a aimés
jusqu’à mourir pour nous, mourant, il a pardonné à ses
bourreaux... Pardonne à celui qui t’a frappée, aime ce
Dieu qui va te laver de tes péchés par le baptême et qui
va « te recevoir dans son ciel »...
– Enfin, je les entends, ces douces paroles, murmure
la victime, j’aime la loi d’amour et du pardon... Je
pardonne... Je croyais avant même de savoir les
paroles... Et sur mon front... toi... toi... fais couler l’eau
qui... remet les péchés...
Comme sur ses lèvres commençait à paraître une
petite frange d’écume rougeâtre, le jeune homme,
cueillant un peu d’eau dans le marais, lentement la
versa sur le front de la mourante en disant:
– Je te baptise, au nom du Père et du Fils et du
Saint-Esprit, Ainsi soit-il.
La mourante eut un dernier spasme, sa blessure se
rouvrit. Il en sortit plusieurs gouttes d’un sang rouge et
263

vermeil, qui, mêlées à l’eau baptismale, tombèrent sur
« La Roche » et s’y incrustèrent dans toute l’épaisseur
du granit, en larges gouttes espacées...
On trancha les liens, le corps fut amené aux Trois-
Rivières où il fut inhumé en terre sainte...
– Mais pourquoi, ajouta mon vieil ami, parlant
presque tout bas, pourquoi revient-elle encore ?...
Et sa main tremblante pesait lourdement sur mon
bras...
264
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